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Doat XXIII

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Voici le listing des dépositions devant l’Inquisition du XIIIe siècle collectées par l’envoyé de Colbert, M. Doat. Ce fond DOAT est actuellement conservé à la Bibliothèque Nationale de France.Read more

Nouveau Testament occitan de Lyon

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Le Nouveau Testament occitan de Lyon (ms P.A. 36)

Traduit au XIIIe siècle en langue provençale et précédé d’un Rituel cathare.

Présentation

Le manuscrit Palais des Arts n° 36 de la Bibliothèque municipale de Lyon lui a été légué par Jean-Julien Trélis, né à Alès en 1758, secrétaire de l’Académie et bibliothécaire de la ville de Nîmes, chassé de cette ville par la Terreur blanche en 1815, mort à Lyon, où il avait été membre de l’Académie, en 1831. L’abbé de Sauvages avait consulté le manuscrit à Alès et l’avait utilisé pour son Dictionnaire languedocien-français (1785).
Le rituel cathare qui suit le Nouveau Testament a été publié par E. Cunitz dans les Beiträge zu den theologischen Wissenschafren , puis par L. Clédat avec la traduction avant la reproduction photo-lithographique du texte. L’Evangile de saint Jean a été publié par W. Förster dans la Revue des langues romanes (2eme série, 1883, t.V, p. 106 et ss., 157 et ss.) .
Le livre a longtemps été considéré comme vaudois ; sa reliure porte d’ailleurs au dos « Bible vaudoise ». Toutefois, depuis Ed. Reuss et ses articles de 1851 à 1653 dans la Revue de Théologie et de Philosophie de Strasbourg (t. V, déc. 1852), sa provenance cathare et sa provenance occitane n’ont plus été mises en doute.
Il s’agit d’un livre liturgique, d’un textus, que portaient dans un sac sur la poitrine les parfaits cathares chargés du ministère de leur Église, et qu’ils imposaient sur la tête de ceux qu’ils « consolaient », c’est-à-dire baptisaient. Le Rituel en fait foi.

© Jean Duvernoy – 2001

Mon commentaire

Ce document est à mes yeux absolument extraordinaire. Nous avons sous les yeux le travail d’une équipe de languedociens — vivant dans des maisons cathares italiennes de la fin du 13e siècle —, comme l’ont montré les travaux de l’équipe d’historiens dirigée par Anne Brenon et David Zbiral.
On trouve dans ce document deux éléments fondamentaux. D’abord, bien entendu, le Rituel cathare vraisemblablement écrit par un ou des bons-chrétiens afin de l’avoir à disposition pour le réciter lors de cérémonies qu’ils présideraient. Mais aussi, une quinzième lettre de Paul aux Laodicéens. Beaucoup ont glosé sur l’épitre aux Laodicéens et la plupart en ont déduit qu’elle était désormais remplacée par celle aux Éphésiens, voire celle aux Colossiens. Ce document nous prouve qu’il n’en est rien et qu’elle était bien ajoutée aux autres chez les cathares. Autre point essentiel : l’ordonnancement des textes ; il correspond aux Nouveaux Testaments d’avant le 7e siècle. Il révèle comment les judéo-chrétiens ont tenté d’amoindrir la porté des textes de Paul en les reportant au milieu de l’ouvrage alors qu’ils en constituaient auparavant la conclusion.
Certes, bien peu pourront lire le contenu de ce document essentiellement rédigé en provençal et latin et dans une graphie médiévale. Mais cela m’importe peu car ce qui compte pour moi, c’est d’avoir sous les yeux un tracé scriptural vraisemblablement issu d’un homme qui représente l’absolu.

Informations techniques

Éditeur : Ernest Leroux (Paris) 1888 – Ré-édition : Slatkine – 1968 (Genève)
Ce livre est libre de droit dans sa version initiale, puisque Léon Clédat est décédé en 1930 et que les droits sont tombés en 2001. Pour vous procurer la ré-édition Slatkine, cliquez ce lien.

La version originale, proposée ci-dessous, est la reproduction de L. Clédat réalisée en 1887 et souscrite presque uniquement par des bibliothèques, ce qui le rend rarissime. Il semble qu’il y en ait eu moins de cent exemplaires imprimés, au vu des souscriptions.
En voici un exemplaire qui appartenait à Déodat Roché qui y a d’ailleurs porté plusieurs mentions et traductions en marge au crayon de papier.

Sommaire (Jean Duvernoy)

Le sommaire ci-dessous est extrait du site officiel de Jean Duvernoy et comporte ses transcriptions de l’ouvrage. Visitez son site.

Nouveau Testament en occitan. (Ms PA 36 B. M. de Lyon, Clédat) (texte occitan) 1977.

  1. Pour les textes suivants, la transcription n’a pas été mise en ligne par Jean Duvernoy de son vivant  :
    – Épîtres catholiques (septembre 2002)
    – Épîtres de Paul (Romains) (septembre 2002)
    – Épîtres de Paul (1 Corinthiens à Hébreux) (septembre 2002)

Vous en trouverez ci-dessous la version originale issue de l’œuvre de Léon Clédat :

  • Épître de Jacques – version originale – pdf disponible
  • Première épitre de Pierre – version originale – pdf disponible
  • Seconde épitre de Pierre – version originale – pdf disponible
  • Première épitre de Jean – version originale – pdf disponible
  • Deuxième épitre de Jean – version originale – pdf disponible
  • Troisième épitre de Jean – version originale – pdf disponible
  • Épitre de Jude – version originale – pdf disponible
  • Épître de Paul aux Romains – version originale – pdf disponible
  • Première épître de Paul aux Corinthiens – version originale – pdf disponible
  • Seconde épître de Paul aux Corinthiens – version originale – pdf disponible
  • Épître de Paul aux Galates – version originale – pdf disponible
  • Épître de Paul aux Éphésiens – version originale – pdf disponible
  • Épître de Paul aux Philippiens – version originale – pdf disponible
  • Première épître de Paul aux Thessaloniciens – version originale – pdf disponible
  • Seconde épître de Paul aux Thessaloniciens – version originale – pdf disponible
  • Épître de Paul aux Colossiens – version originale – pdf disponible
  • Épître de Paul aux Laodicéens – version originale – pdf disponible
  • Première épître de Paul à Timothé – version originale – pdf disponible
  • Seconde épître de Paul à Timothée – version originale – pdf disponible
  • Épître de Paul à Tite – version originale – pdf disponible
  • Épître de Paul à Philémon – version originale – pdf disponible
  • Épître de Paul aux Hébreux – version originale – pdf disponible
  • Prologue de l’évangile selon Jean – version originale – pdf disponible
  • Rituel occitan (Pdf,20 s, mai 2001) – version originale – pdf disponible
    • Le service (apparelhementum ou servici)  (vf) – pdf disponible
    • La règle (vf) – pdf disponible
    • La tradition de la sainte Oraison dominicale (vf) – pdf disponible
    • Le sacrement de la Consolation (Consolamentum) (vf) – pdf disponible
    • Le sacrement de la Consolation aux mourants (vf) – pdf disponible
  • Rituel occitan traduit par Léon Clédat (les annotations au crayon sont de Déodat Roche)
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Une transcription intégrale en occitan moderne a été réalisée en 2016 par Yvan Roustit qui l’a publiée à compte d’auteur (1100 exemplaires).
Ce document de grande qualité bibliographique est un complément indispensable pour tout chercheur voulant étudier sérieusement ce texte.

Deuxième lettre de Simone Weil à Déodat Roché (janvier 1940)

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La philosophe Simone Weil, auteure de « La pesanteur et la grâce », notamment, eut des relations épistolaires avec Déodat Roché, chercheur et adepte d’une approche ésotérique du catharisme.

Parmi les documents que sa secrétaire, Clémentine Cabréra m’a offert pour que vive la mémoire du « pape du catharisme », voici cette lettre retrouvée dans l’amoncellement de livres et revues.

Melle Simone Weil

8 rue des Catalans Marseille                                                            Vendredi 21 Janvier 1940

Monsieur,

Je ne connaissais pas le N° d’Iggdrasil où est la traduction de Benveniste. Je l’ai trouvé chez Ballard et l’ai prié de vous l’envoyer, ce qu’il va faire. Les textes sont splendides, la traduction semble de premier ordre. Ce sont bien des textes du Turkestan, en langue parthe.

Les hymnes manichéens que je vous disais avoir lus sont ceux qui sont traduits du copte. Je les avais trouvés à la Bibliothèque nationale dans une édition en deux volumes, avec texte copte, glossaire, traduction en allemand dans un volume, en anglais dans l’autre. Je suppose que ce sont là les volumes de la collection Chester Beatty ?

Je n’ai pas trouvé chez Ballard d’autre N° d’Yggdrasil où il soit question des manichéens. Il n’a pas la collection complète.

Je ne suis pas de votre avis sur la nécessité de publier des études pour préparer la publication des textes. Sans doute, il faut publier des études sur ce sujet, et ce que j’ai lu de vous montre que vous êtes particulièrement qualifié pour en écrire qui soient de premier ordre. Mais je ne crois pas que ce travail doive précéder celui de la publication des textes ; je crois qu’ils doivent se faire parallèlement ou que même les textes doivent venir les premiers.

Je pense qu’il existe quelques esprits faits comme le mien. Pour moi, en toute matière, rien ne vaut les textes originaux, nus et sans commentaires. Seuls, ils me procurent le contact avec ce que je désire connaître. Peu m’importe si je ne les comprends que partiellement. Ensuite seulement, j’ai recours aux études et commentaires, s’il y en a qui m’inspirent confiance, puis je reviens aux textes.

J’avoue, non sans honte, que j’ignorais l’existence des Chapitres, des Homélies, ainsi que celle du rituel cathare. Sans quoi j’aurais lu tout cela depuis longtemps à la Nationale, et n’en serais pas réduite au désir impuissant.

Un recueil de textes comprenant la traduction des Chapitres et des Homélies, d’un choix des hymnes trouvés en langue parthe et copte, de textes arabes et les textes cathares, ce serait là quelque chose d’incomparable ; non seulement à cause de l’extraordinaire inspiration commune à tous ces textes, mais à cause des colorations diverses prises par cette inspiration à travers des pays si variés.

La question de la traduction serait difficile à résoudre. À mon avis, il faudrait absolument publier les textes cathares dans l’original, qui est facilement accessible aux lecteurs français, avec une traduction en face ou en appendice. Des paroles aussi merveilleuses que « …aias merce del esperit pausat en carcer » doivent être données elles-mêmes au lecteur.

Mais quant aux textes de Manès, aux hymnes en langue copte, les traduire de l’anglais ou de l’allemand serait une solution médiocre. Des hymnes déjà traduits en copte, puis du copte en allemand, puis de l’allemand en français, ne peuvent pas garder grand’chose de leur valeur première. Le mieux serait de pouvoir faire traduire tous ces textes directement en français, et aussi littéralement que possible. Peut-être y aurait-il lieu de communiquer à ce sujet avec Corbin ? Ne travaille-t-il pas à la Nationale ? Je crois que j’ai entendu prononcer son nom par une de mes amies qui y travaille, et avec qui je pourrais sans doute au besoin correspondre.

Mais même une traduction faite sur les traductions en allemand et en anglais serait de loin préférable à l’absence d’un recueil accessible au public.

Quant aux Arabes, n’y a-t-il pas une encyclopédie du X° siècle, des « Frères de la pureté » dont vous me parliez, qui contient l’exposé de la doctrine ismailiste ? Je ne sais rien là-dessus, sinon ce qu’en dit le volume de la collection Armand Colin sur l’Islam. L’influence manichéenne semble en effet évidente. Certainement Dermenghem peut fournir des renseignements là-dessus. Si je vais à Alger, ce qui devient douteux, vu la difficulté d’obtenir l’autorisation, je m’occuperai certainement de cela, malheureusement je ne sais pas l’arabe, quoique j’aie l’intention de l’apprendre au cas où je passerais quelque temps en Afrique du Nord.

À mon avis, un recueil de textes manichéens pourrait être publié sans aucun commentaire ; simplement une sorte de glossaire à la fin pour les noms propres et les mots intraduisibles ; il est vrai que la doctrine est à certains égards obscure, mais l’inspiration est lumineuse et répond avec une intensité poignante au sentiment de la condition humaine que tout être humain éprouve au moins à certains instants. Il est vrai que la complication des symboles voile parfois l’inspiration aux yeux du lecteur ignorant, aux miens par exemple. Mais l’inspiration est rendue sensible par la merveilleuse poésie qui enveloppe les textes, cette poésie entraîne l’esprit, le fait passer par-dessus les obscurités et le met directement en contact avec ce qu’il y a d’essentiel dans la doctrine.

Les esprits sensibles à ce genre de poésie n’ont pas besoin de commentaires pour sentir immédiatement que ces textes renferment quelque chose de grand ; ils ne sentent le besoin de commentaires qu’après s’être imprégnés des textes eux-mêmes. Les esprits qui n’y sont pas sensibles ne s’intéresseront jamais, je crois, au manichéisme.

Dans ce N° d’Yggdrasil, par exemple, les commentaires de Corbin et de Benveniste n’ajoutent rien, à mon avis, au texte et on pourrait facilement s’en passer, sauf quelques renseignements qui prendraient place dans l’espèce de glossaire que je suggère.

Sans doute, la situation actuelle rend très grande la difficulté de toute entreprise en ce genre. Mais il s’agit de difficultés matérielles ; moralement, au contraire, jamais les esprits n’ont été préparés comme à présent. Il y a 10 ans, quand les gens vivaient, du point de vue spirituel, calfeutrés dans une espèce de ouate, très peu de gens étaient susceptibles de s’intéresser à de telles doctrines. Aujourd’hui, les mots mêmes de mal et de souffrance éveillent déjà par eux-mêmes un écho. D’autre part, les préoccupations intellectuelles et littéraires d’avant 1940 semblent à tout le monde aujourd’hui quelque chose de lointain, de fantomatique et d’irréel ; et pour plusieurs raisons, il y a peu de chances pour que surgissent dans un avenir prochain beaucoup d’œuvres originales qui répondent au besoin présent des esprits. Les esprits des hommes de notre époque n’ont la possibilité de trouver une nourriture que dans le passé. Ainsi même des gens de second ordre vont se trouver rejetés par force vers des modes de pensée qui leur étaient restés étrangers jusque là.

Depuis près de vingt siècles, depuis l’apparition du christianisme, le manichéisme est sans doute ce qui s’est produit de plus merveilleux sur le globe terrestre dans l’histoire spirituelle de l’humanité. Les connaissances spéciales que vous possédez dans ce domaine vous donnent aussi des responsabilités particulières à l’égard de vos contemporains.

J’ai parlé, entre autres, à Daumal, (un collaborateur des Cahiers du Sud également, qui s’occupe particulièrement des choses hindoues ) de l’intérêt qu’il y aurait à publier un recueil de textes manichéens et cathares ; car il est en rapports avec les éditions du Sagittaire et je pensais que cela pourrait être utile. Je me suis permis de lui donner votre adresse. La sienne est : « Campagne Dalmasso », Allauch (Bouches du Rhône).

Jusqu’ici, je n’ai pas pu m’arranger pour aller à Béziers. J’espère que ce sera possible.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma sympathie.

Simone Weil.

Vergentis in senium, 25 mars 1199

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Vergentis in senium, 25 mars 1199

Hageneder Othmar, Maleczek Werner, Strnad A. A., Rudolf K., Die Register Innocenz’III. 2. Pontifikatsjahr, 1199/1200, Vienne, 1979, no 1, p. 3-5. Traduction : J. T.

Le texte qui suit est la bulle d’Innocent III, fulminée contre les hérétiques cathares qui est souvent citée dans les livres d’historiens.
Ainsi vous pouvez la lire et en apprécier les passages cités ici ou là.

Au clergé, aux consuls et au peuple de Viterbe.

De la corruption du siècle, qui décline en sa vieillesse, non seulement donnent
 des signes les éléments corrompus, mais témoigne aussi la plus digne des créatures, faite à l’image et ressemblance du Créateur, placée par privilège de dignité devant 
les oiseaux du ciel et les bêtes de toute la terre[1] ; et non seulement elle défaille déjà comme s’Il défaillait, mais elle infecte et se trouve infectée par la rouille dévorante
de la vétusté. L’homme misérable en effet pèche à l’extrême ; lui qui, au temps de
 sa création et de celle du monde, n’a pu se maintenir au paradis, dégénère vers son anéantissement et celui de la terre ; oublieux du prix de sa rédemption pour la fin
 des siècles, en s’engageant dans les liens vains et changeants des disputes[2], il se prend lui-même au lacet de ses erreurs et tombe dans le piège qu’il a préparé[3].

Car voici que l’homme ennemi a semé la semence impie par-dessus les semailles
 du Seigneur ; les champs à moissonner pullulent de zizanie, ou plutôt en sont pollués ; le blé se dessèche et se change en paille[4] ; la vermine dans la fleur et le renard dans la récolte travaillent à détruire la vigne du Seigneur[5]. Car une nouvelle descendance d’Akân vole dans le butin enlevé à Jéricho le lingot d’or et le manteau[6] ; la lignée maudite d’Abiron, de Datan et de Coré veut avec de nouvelles cassolettes faire monter l’odeur d’un encens vicié sur de nouveaux autels[7], tandis que la nuit indique à la nuit la voie de la connaissance[8], tandis que l’aveugle fait office de guide 
à l’aveugle[9], tandis que les hérésies pullulent et que l’hérétique fait héritier de son hérésie et de sa damnation celui qu’il a fait exclure de l’héritage divin. Ceux-là sont 
les aubergistes qui coupent le vin avec de l’eau[10] et offrent à boire le venin du serpent[11] dans le calice d’or de Babylone[12] ; ils ont, selon l’Apôtre, l’apparence de la piété tout 
en reniant sa force[13]. Et bien que contre ces petits renards — qui à la vérité ont des aspects divers mais sont reliés par leurs queues[14], car par leur vanité ils reviennent tous au même[15] —, diverses mesures aient été prises au temps de nos prédécesseurs, la peste mortifère n’a pas encore pu, jusqu’à présent, être mise à mort et empêchée de s’insinuer plus largement[16] en secret comme un cancer et de répandre même à découvert le poison de son iniquité, trompant de nombreux simples et séduisant certains sages[17], dissimulée sous l’apparence de la religion — étant fait maître d’erreur celui qui n’a pas été disciple de la vérité.

Pour que nous — qui, bien que vers la onzième heure, sommes dépêché par le Père de famille évangélique[18] parmi les ouvriers, et même, plutôt, au commandement des ouvriers de la vigne du Seigneur Sabaoth, et à qui les brebis du Christ sont commises[19] de par notre office pastoral —, ne paraissions pas échouer à attraper les renards qui détruisent la vigne du Seigneur et à interdire aux loups d’approcher les brebis et pour qu’ainsi nous ne puissions pas à bon droit être appelé chien muet incapable d’aboyer[20] et ne périssions pas avec les mauvais cultivateurs[21] et ne soyons pas comparé au mercenaire[22], nous avons décidé de statuer plus sévèrement contre 
les défenseurs, les hôtes, les partisans et les croyants des hérétiques, afin que ceux qui ne peuvent être eux-mêmes ramenés à la voie de rectitude soient du moins confondus en leurs défenseurs, hôtes, partisans et croyants et, lorsqu’ils se verront évités par tous, désirent être réconciliés à l’unité de tous. Du commun conseil de 
nos frères et avec l’assentiment des archevêques et évêques qui se trouvent auprès
 du Siège apostolique, nous interdisons donc strictement que quiconque ose recevoir ou défendre des hérétiques de quelque manière que ce soit ou ose leur venir en aide
 ou croire en eux en quelque façon que ce soit, et nous établissons fermement par 
le présent décret que celui qui aura l’audace de faire l’une de ces choses, s’il n’a soin d’y renoncer après avoir été averti une première ou une seconde fois, sera ipso jure fait infâme et ne sera pas admis aux offices publics ni aux conseils des villes ni à élire quiconque à ces derniers ni à témoigner; qu’il soit aussi incapable de tester et n’accède pas aux successions ; en outre, que personne ne soit contraint de comparaître pour lui faire droit dans quelque affaire que ce soit. Et s’il est juge, que sa sentence n’ait aucun effet et qu’aucune cause ne soit déférée à son audience ;
 s’il est avocat, qu’il ne soit pas admis à défendre en justice ; s’il est tabellion, que les instruments confectionnés par ses soins n’aient aucune valeur et soient cassés en justice comme est condamné leur auteur ; et pour les situations du même type, nous ordonnons d’observer les mêmes mesures. S’il est clerc, qu’il soit déposé de tout office et bénéfice, pour que soit plus lourd le châtiment de celui dont la faute est plus grande. Et si quiconque se refuse à éviter de tels individus après qu’ils auront été désignés par l’Église, qu’il sache qu’il encourt la sentence d’anathème.

Sur les terres soumises à notre juridiction temporelle, nous établissons que les biens de ces coupables seront confisqués ; et, ailleurs, nous ordonnons que la même mesure soit appliquée par les magistrats et princes séculiers — et nous voulons et mandons que ces derniers soient contraints de la mettre à exécution par censure ecclésiastique, après monition, s’ils venaient à se montrer négligents. Et que les biens de ces coupables ne leurs soient pas restitués par la suite — à moins qu’il 
se trouve quelqu’un pour vouloir les prendre en pitié une fois qu’ils seront revenus à leurs cœurs[23] et auront renoncé à leurs relations avec les hérétiques —, afin qu’une peine temporelle, du moins, frappe celui que la discipline spirituelle ne corrige pas. En effet, puisque, selon les sanctions légitimes, une fois les coupables de lèse-majesté punis du châtiment capital, leurs biens sont confisqués et la vie de leurs enfants n’est épargnée que par miséricorde, ô combien plus ceux qui offensent Dieu Jésus Christ, fils de Dieu, en errant dans la foi, doivent-ils être séparés de notre tête, qui est le Christ, par la rigueur ecclésiastique, et dépouillés de leurs biens temporels, puisqu’il est bien plus grave de léser la majesté éternelle que la majesté temporelle !
 Et même l’exhérédation des enfants orthodoxes ne doit pas, au prétexte d’une quelconque commisération, conduire à diminuer la sévérité de cette censure, puisque, selon le jugement divin aussi, dans de nombreux cas, les enfants sont punis au temporel pour leurs pères et, en vertu des sanctions canoniques, il arrive que le châtiment frappe non seulement les auteurs des crimes, mais aussi la descendance des condamnés.[24]

Nous décrétons donc, etc., de notre interdiction et constitution, etc.

Donné au Latran, le 8 des calendes d’avril, la deuxième année de notre pontificat.

Sceau en plomb de Innocent III (1200) servant à authentifier les décrétales pontificales, d’où le nom de bulles qui leur est resté accolé.

[1] Cf. Gn 1 (Creatio celi et terre), 26 : …et ait : Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram et presit piscibus maris et volatilibus celi et bestiis universeque terre omnique reptili quod movetur in terra.
[2] Cf. Tit 3 (Officia in extraneos), 9 : Stultas autem questiones et genealogias et contentiones et pugnas legis devita ; sunt enim inutiles et vane.
[3] Cf. Ps 7 (Hominis calumniis oppressi ad Deum judicem appellatio), 16 : Lacum aperuit et effodit eum ; et incidit in foveam quam fecit ; Ecc 10, 8 (De pravo regimine) : Qui fodit foveam incidet in eam et qui dissipat sepem mordebit eum coluber.
[4] Cf. Mt 13, 24-30 (Parabola zizaniorum).
[5] Cf. Cant 2, 15 : Capite nobis vulpes parvulas que demoliuntur vineas ; nam vinea nostra floruit.
[6] Cf. Jos 7, 16-26 (Achan invenitur reus et morti damnatur).
[7] Cf. Num 16, 1-40 (Rebellio Core, Dathan et Abiron).
[8] Ps 18 (Laus Dei creatoris et legislatoris), 3 : Dies diei eructat verbum, et nox nocti indicat 
scientiam.
[9] Cf. Mt 15, 14 (Quid coinquinat hominem) : Sinite illos : ceci sunt et duces cecorum ; cecus autem
[10] Cf. Is 1, 18 (Hortatio ad conversionem) : Argentum tuum versum est in scoriam ; vinum tuum mistum est aqua.
[11] Cf. Deut 32, 33 (Sed ne hostes insolescant Israel vindicabit) : Fel draconum vinum eorum et venenum aspidum insanabile.
[12] Cf. Jer 51, 7 (Contra Babylonem) : Calix aureus Babylon in manu Domini, inebrians omnem terram ; de vino ejus biberunt gentes et ideo commote sunt.
[13] Cf. 2 Tim 3 (Falsi doctores fugiendi), 5 : …habentes speciem quidem pietatis, virtutem autem ejus abnegantes.
[14] Cf. Jud 15 (Bellum aggreditur contra Philistheos), 4 : Perrexitque et cepit trecentas vulpes caudasque earum junxit ad caudas et faces ligavit in medio.
[15] Cf. Ps 61 (In solo Deo sperandum), 10 : Verumtamen vani filii hominum, mendaces filii hominum in stateris, ut decipiant ipsi de vanitate in idipsum.
[16] Cf. 2 Tim 2, 17 (Cum novatoribus quomodo agendum) : et sermo eorum ut cancer serpit.
[17] Cf. 2 Cor 11 (Non minor aliis apostolis), 3 : Timeo autem ne sicut serpens Evam seduxit astutia sua, ita corrumpantur sensus vestri et excidant a simplicitate, que est Christo.
[18] Cf. Mt 20, 1-16 (Parabola de operariis in vineam conductis) : Simile est regnum celorum homini patrifamilias, qui exiit primo mane conducere operarios in vineam suam, etc.
[19] Cf. Jo 21, 15-17 (Triplex Petri confessio) : …Dixit ei : « Pasce oves meas ».
[20] Is 56, 10 (Speculatores peccato arguuntur) : Speculatores ejus ceci omnes ; nescierunt universi : canes muti non valentes latrare, videntes vana, dormientes, et amantes somnia.
[21] Cf. Mt 21, 33-41 (Parabola de perfidis vinitoribus) : …Cum ergo venerit dominus vinee, quid faciet agricolis illis ? Aiunt illi : « Malos male perdet ; et vineam suam locabit aliis agricolis, qui reddant ei fructum temporibus suis » ; Mc 12, 1-12 (Parabola de perfidis vinitoribus).
[22] Cf. Jo 10 (Iesu pastor bonus), 11-13 : Ego sum pastor bonus. Bonus pastor animam suam dat pro ovibus suis. Mercenarius autem, et qui non est pastor, cujus non sunt oves proprie, videt lupum venientem et dimittit oves et fugit ; et lupus rapit et dispergit oves ; mercenarius autem fugit, quia mercenarius est et non pertinet ad eum de ovibus.
[23] Is 46 (Ruina idolorum), 8 : Mementote istud et confundamini ; redite, prevaricatores, ad cor.
[24] Cf. Gratien, C. 15, q. 8, c. 3, Ex ministris Ecclesie geniti in servitutem ejusdem devocentur (Ex Concilio Tolletano IX) : Cum multae super innocentiam ordinis clericorum hactenus ema- nauerint sententiae Patrum, et nullatenus ipsorum formari quiuerit correctio morum, usque adeo sententiam iudicantium protraxere conmissa culparum, ut non tantum ferretur ultio in actores scelerum, uerum etiam in progeniem dampnatorum.