Rituel occitan de Dublin – Glose du Pater – 2

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Ce texte, traduit et annoté par Anne Brenon, fut mis en avant au début des années soixante par Théo Venckeleer, philologue belge, qui l’avait trouvé dans un manuscrit conservé à la bibliothèque du Trinity Collège de Dublin sous la cote A 6 10 et reclassé maintenant sous l’appellation « manuscrit 269 ».
Le présent document est donc un ajout à l’ouvrage de René Nelli, « Écritures cathares » publié par les éditions du Rocher dans une édition actualisée et augmentée par Anne Brenon en 1995. Pour respecter le droit des auteurs je ne vous livrerai ni la préface, ni les notices que vous trouverez dans le livre. J’espère qu’en ne publiant que la traduction je ne causerai aucun tort à personne et je permettrai à tous d’accéder à cet ouvrage essentiel à la compréhension de la doctrine cathare.
J’ai également utilisé la publication de Déodat Roché : Un Recueil cathare. Le manuscrit A. 6. 10. de la « collection vaudoise » de Dublin, publié dans le n°46 de la série II (XXIe année) de l’été 1970 des Cahiers d’études cathares.

LA GLOSE DU PATER

Sanctificetur nomen tuum

Ce peuple qui offre cette oraison au Seigneur outrage le nom de son Dieu parmi les nations chez qui il entre, comme le dit le Seigneur par la voix du prophète Ézéchiel (Éz 36,22) : « Ce n’est pas pour vous que j’agirai, maison d’Israël, mais pour mon saint nom, que vous blasphémez parmi les nations chez qui vous entrez ». Et ce saint nom fut blasphémé par ce peuple parmi les nations, comme l’apôtre le dit aux Romains (Rom 2, 24) : « Car le nom de Dieu est profané par vous entre les nations, comme il avait été écrit ».
C’est pour cette raison que ce peuple demande premièrement à son Dieu qu’il sanctifie son nom, blasphémé par eux, pour qu’ils soient sanctifiés. Mais le Seigneur entend leur prière avant qu’ils ne crient vers lui, ainsi qu’il le dit par la voix du prophète Isaïe (Is 65, 24) : « Avant qu’ils ne crient, je les exaucerai ; ils parleront encore que je les aurai déjà entendus ». De la sanctification de son nom et même de son peuple, le Seigneur dit par la voix du prophète Ézéchiel (Éz 36, 23-24) : « Je sanctifierai mon grand nom, qui a été profané parmi les nations, que vous avez profané parmi elles, pour que les nations sachent que je suis le Seigneur ; quand je serai sanctifié en vous devant elles, je vous prendrai d’entre les nations etc. »
Mais ce nom, qui fut blasphémé par ce peuple, est Visitation du Père, qui pèche en volonté et non en souillure. Et la congrégation des visitations est appelée Fils de Dieu ; c’est pourquoi Moïse dit le premier (Deut 32, 5) : « Ils ont péché devant lui et ne sont pas ses fils dans la souillure ». Mais ces visitations devaient être sanctifiées en premier parce qu’elles péchèrent seulement en volonté. Ainsi le Fils de Dieu, qui était Visitation, voulut-il autre chose que son Père, comme il le dit dans l’évangile (Mt 26, 39) : « Mon Père, si c’est chose possible, éloigne de moi ce breuvage ; mais fais selon ta volonté, non selon la mienne ». Et encore (Lc 22, 42) : « Père, si tu le veux bien, éloigne de moi ce breuvage ; mais que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite, mais la tienne ».

Mon analyse :
Le peuple de Dieu profane le nom de Dieu devant les nations. Cela peut surprendre mais, en fait, c’est assez clair. Quand on se réclame d’une foi et que l’on ne donne pas l’exemple prôné par cette foi, on profane la foi dont on se revendique. C’est pourquoi cette phrase : « Que ton nom soit sanctifié » peut induire en erreur. En fait, c’est l’inverse. Ce que recherche le croyant c’est d’être sanctifié par l’évocation de Dieu. Or, celui qui fait le lien entre le spirituel et le temporel c’est le paraclet que nous a laissé Christ pour nous accompagner et que nous sollicitons lors de l’Amélioration. Donc, on pourrait dire que le Saint Esprit nous sanctifie ou nous purifie. On remarque que l’apparente hésitation prêtée à Jésus avant son arrestation est interprétée comme une faiblesse nécessitant sanctification. En fait, c’est un relent judéo-chrétien qui fait de Jésus un sacrifice pour notre salut.

« Ainsi, le Fils de Dieu se sanctifie-t-il lui-même, pour ensuite sanctifier le peuple de Dieu, comme il le dit dans l’évangile (Jn 17, 19) : « Je me sanctifie moi-même pour eux, pour qu’ils soient eux aussi sanctifiés dans la vérité ». Et il faut savoir que Notre Seigneur Jésus-Christ non seulement se sanctifie lui-même pour la sanctification du peuple, mais encore subit la passion pour lui, comme saint Paul le dit aux Hébreux (Héb 13, 12) : « C’est pour cela que Jésus lui aussi subit sa passion à l’extérieur de la porte, pour sanctifier le peuple ».
Mais il faut également savoir que le nom du Père, c’est-à-dire la Visitation qui est sanctification du Père, est appelé Jacob ; mais l’esprit qui lui est subordonné est appelé Israël. Ainsi le Seigneur, voulant sanctifier son nom lequel est la Visitation qui est le chef des autres visitations qui péchèrent par volonté — et elle-même est appelée Jacob —, lui envoya premièrement sa parole ; mais pas pour qu’elle fasse pénitence, car les dons et les appels de Dieu sont sans pénitence ; et aussi pour que ce péché ne lui soit pas imputé par le Seigneur, ainsi que l’apôtre le dit aux Romains (Rom 4, 6) : « Bienheureux l’homme à qui le Seigneur ne compte pas de péché ». Et il dit encore (Rom 11, 29) : « Ils sont sans pénitence, etc. »
Mais le Seigneur, pour cette raison, envoya en premier sa parole à Jacob pour qu’elle tombe en Israël, c’est-à-dire qu’elle tombe de la Visitation en l’esprit, Israël, qui est le chef des autres esprits qui péchèrent. Ainsi dit le prophète Isaïe (Is 9, 7) : « Le Seigneur envoya sa parole en Jacob, et elle est tombée en Israël ». C’est pourquoi Jacob, c’est-à-dire la Visitation, ayant reçu la grâce et la miséricorde de Dieu, se réjouit. Et de son allégresse se réjouit Israël, c’est-à-dire l’esprit, comme le dit le psalmiste (Ps 13, 7) : « Qui donnera de Sion le sauveur à Israël ? Quand le Seigneur ramènera les captifs de son peuple, alors se réjouira Jacob et se réjouira Israël ».
Mais celui-ci est le saint Jacob, qui sanctifie ses fils dans la prédication du Dieu d’Israël, comme le Seigneur le dit par la voix du prophète Isaïe (Is 29, 22-23) : « Désormais, Jacob ne sera plus honteux mais, quand il verra ses fils, les œuvres de mes mains, chez lui, sanctifiant mon nom, ils sanctifieront le saint Jacob et prêcheront le Dieu d’Israël ».
Il faut savoir aussi que ces visitations qui sont appelées du nom de Jacob sont ces montagnes qui doivent recevoir la semence du Seigneur pour donner des fruits au peuple d’Israël — c’est-à-dire aux esprits —, comme le Seigneur le dit par la voix du prophète Ézéchiel (Éz 36, 8-10) : « Et vous, ô puys d’Israël, que germent vos branches, afin que vous portiez fruits pour mon peuple d’Israël ; et vous serez labourés et recevrez la semence ; et je multiplierai en vous les hommes et toute la maison d’Israël ». Et le psalmiste, parlant de ces montagnes[1] et priant pour la paix d’Israël, dit (Ps 71, 3) : « Les montagnes recevront la paix pour le peuple ». C’est pour cela que le prophète lève son regard vers ces montagnes, car l’aide lui viendra d’elles, comme il le dit (Ps 120, 1) : « Je lève les yeux vers les montagnes, d’où le secours viendra à moi ».
Et la cité de Dieu est fondée sur ces montagnes, comme le dit le même prophète (Ps 86, 1) : « Ses fondations sont dans les montagnes ». Et on doit savoir aussi que Notre Seigneur, voulant tirer à lui son peuple — comme la vérité le dit dans l’évangile (Jn 6, 44) : « Personne ne peut venir à moi si mon Père ne le tire » — ordonna en Jacob, c’est-à-dire en la Visitation, de tirer à lui Israël, c’est-à-dire l’esprit. Car Jacob est la cordelette par laquelle Israël est liée et tirée, comme Moïse est le premier à le dire (Deut 32, 9) : « Jacob, petite corde de son héritage ». De cet héritage parle le Seigneur par la voix du prophète Isaïe (Is 19, 25) : « C’est Israël mon héritage ». Et c’est pour cela qu’il dit par la voix du prophète Osée (Os 11, 4) : « Avec les liens d’Adam je les tirerai, avec les cordelettes de la charité ».
Car la charité est appelée Adam, et « elle est lien de perfection » comme le dit saint Paul (Col 3,14) ; et elle a ses liens en dessous d’elle, c’est-à-dire les cordelettes des charités, par lesquelles l’Esprit lie et tire à soi. Ainsi, la Visitation est cordelette de la charité, par laquelle elle tire à elle l’esprit ; et elle est aussi cordelette de l’esprit, par laquelle l’esprit lui-même est lié et tiré vers le haut, comme il est dit devant. Mais de ces cordelettes, c’est-à-dire des visitations, qui étaient échues en héritage au Dieu d’Israël, le Seigneur lui-même dit par la voix du prophète David (Ps 15, 6) : « Les cordes m’échurent dans la toute clarté, car mon héritage est pour moi bien clair[2] ».
Mais il faut encore savoir que les visitations étrangères sont elles aussi appelées cordelettes et liens, ainsi que le Psalmiste, qui est l’esprit du premier formé, le dit (Ps 139, 6) : « Et ils ont tendu des cordes pour moi comme un piège ». Et il dit encore (Ps 118, 61) : « Les cordes des pécheurs m’enveloppèrent ». Et le même prophète, rendant grâce à Dieu de lui avoir rompu lesdites cordes (Ps 115, 16-17) : « Ô Seigneur, tu as rompu mes liens, je t’offrirai sacrifice d’action de grâce ». Et le Seigneur, parlant de ces liens, dit par la voix du prophète Isaïe (Is 5, 18) : « Malheur à vous, qui tirez l’iniquité avec les liens de la vanité et le péché comme un lien de charité ».
Et il faut encore savoir que l’esprit est cordelette de la vie, qui la tire et la lie. Il la tire, comme le dit saint Paul en parlant de lui-même dans les Actes des apôtres à propos de la vie (Act 20, 22) : « Et maintenant, voici qu’entraîné par l’esprit, je me rends à Jérusalem ». Mais la vie est cordelette de l’âme laquelle, aidée de la Visitation, la tire à soi et se l’unit. Et pour cette raison David, louant son Dieu de l’union et de sa vie, dit (Ps 65, 9) : « Il rend mon âme à la vie ».

Mon analyse :
Là encore on voit l’auteur partir dans des digressions à la limite de l’intelligible. Il fait des amalgames et des analogies qui feraient sourire aujourd’hui afin d’intriquer les interventions divines et le peuple élu. Mais au total cela n’apporte rien à la glose de la phrase du Pater.

[1] C’est le mot « puy », pois dans l’occitan de l’auteur, qui est employé tout long de ces lignes ; je ne traduis montagne que par commodité.
[2] L’auteur emploie le mot clar/clara, qu’on ne peut traduire que par clair/claire, mais le texte biblique y apporte une nuance de beauté.