Rituel occitan de Dublin — Église de Dieu – 3

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Ce texte, traduit et annoté par Anne Brenon, fut mis en avant au début des années soixante par Théo Venckeleer, philologue belge, qui l’avait trouvé dans un manuscrit conservé à la bibliothèque du Trinity Collège de Dublin sous la cote A 6 10 et reclassé maintenant sous l’appellation « manuscrit 269 »..
Le présent document est donc un ajout à l’ouvrage de René Nelli, « Écritures cathares » publié par les éditions du Rocher dans une édition actualisée et augmentée par Anne Brenon en 1995. Pour respecter le droit des auteurs je ne vous livrerai ni la préface, ni les notices que vous trouverez dans le livre. J’espère qu’en ne publiant que la traduction je ne causerai aucun tort à personne et je permettrai à tous d’accéder à cet ouvrage essentiel à la compréhension de la doctrine cathare.
J’ai également utilisé la publication de Déodat Roché : Un Recueil cathare. Le manuscrit A. 6. 10. de la « collection vaudoise » de Dublin, publié dans le n°46 de la série II (XXIe année) de l’été 1970 des Cahiers d’études cathares.

L’Église de Dieu

Chapitre VIII

Cette Église se garde de blasphémer et de maudire, car saint Jacques dit (Jac 1, 27) : « Si quelqu’un pense être religieux sans retenir sa langue du mal, mais en trompant son propre cœur, sa religion est vaine ». Et saint Paul dit aux Éphésiens (Éph 4, 29) : « Qu’aucune mauvaise parole ne sorte de votre bouche ». Et il dit encore (Éph 4, 31) : « Amertume, colère, indignation, emportement et blasphème, tout cela doit être extirpé de vous ». Et il dit aux Colossiens (Col 3, 8) : « Désormais, déposez toute colère, indignation et blasphème, et de votre bouche vous ne lancerez pas de mauvaise parole ». Et saint Pierre dit dans son épître (I Pe 3, 9-10) : « Veuillez ne pas rendre insulte pour insulte, mais au contraire, bénissez, car vous avez été appelés à posséder la bénédiction en héritage. Si quelqu’un veut aimer la vie et connaître de bons jours, qu’il garde sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses ».
Mais le Christ dit dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 12, 36-37) : « Je vous le dis en vérité, toute parole oiseuse que diront les hommes, ils en rendront raison au jour du jugement ; car de tes paroles tu seras justifié, et de tes paroles tu seras condamné ». Et c’est pour cette raison que les justes, qui usent de bénédiction, au jour du jugement seront appelés du nom de bénits ; et que les méchants, qui usent de malédiction, seront appelés du nom de maudits ; c’est ce que montre l’évangile de saint Matthieu (Mt 25, 31-32) : « Quand le Christ prendra place sur son siège de majesté, il séparera les mauvais des bons » ; et le Christ dira aux bons (Mt 25, 34) : « Venez, bénits de mon Père, prendre possession du royaume préparé pour vous » ; et aux méchants il dira (Mt 25, 41) : « Écartez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel ».

Mon analyse :
Après les règles morales voici les règles spirituelles. La première concerne le blasphème mais s’étend également à la morale en proscrivant les propos négatifs et l’intempérance de langage.

Chapitre IX

Cette Église garde et tient tous les commandements de la loi de vie, car saint Jacques dit dans son épître (Jac 2, 10-11) : « Celui qui respectera toute la loi mais s’en écartera sur un point, il sera inculpé de tout ; car celui qui a dit : tu ne commettras pas l’adultère, a dit aussi : tu ne tueras pas. Donc, si tu ne commets pas l’adultère mais que tu en viennes à tuer, te voilà transgresseur de la loi ». Et le Christ dit (Mt 12, 33) : « Ou tu fais le bon arbre, et son fruit est bon, ou tu fais le mauvais arbre, et son fruit est mauvais ». Et c’est pour cela que l’Église de Dieu veut faire en sorte que tout son fruit soit bon, pour ressembler à son bon maître et pasteur Jésus-Christ, car tout ce qu’il enseignait aux autres, il le faisait et l’accomplissait d’abord en actes, de manière à ce que celui qui ne voulait pas croire en lui pour ses paroles, croie en lui pour ses bonnes œuvres. De cela il dit dans l’évangile de saint Jean (Jn 10, 38) : « Si vous ne voulez pas croire aux paroles, croyez aux œuvres ». C’est pour cela que saint Pierre dit (I Pe 2, 21-22) : « Le Christ subit la passion pour nous, pour nous laisser à suivre l’exemple de son comportement, lui qui ne commit pas un péché et dont la bouche ne fut jamais trompeuse ».
C’est ainsi que la sainte Église de Dieu, qui est dite corps du Christ, veut suivre son chef Jésus-Christ. Ce dont saint Paul dit (Éph 1, 22-23) : « Toutes choses sont soumises sous les pieds du Christ et lui-même constitue la tête de toute l’Église, qui est son corps ». Et il dit encore (I Cor 12, 27) : « Vous êtes le corps du Christ ». Et encore (I Cor 6, 15) : « Vos corps sont membres du Christ, etc. »
Donc, comme les vrais chrétiens sont membres du Christ, il convient qu’ils soient saints, purs, chastes et ne soient souillés d’aucun péché, comme leur chef Jésus-Christ. Saint Jean dit en effet (Jn 3, 6) : « Quiconque demeurera en lui ne pèche pas, et quiconque pèche ne l’a vu ni ne l’a connu ». Et il dit encore (Jn 2, 6) : « Tout homme qui prétend demeurer dans le Christ doit se conduire comme lui-même se conduisit ». Et il dit encore (Jn 1, 6-7) : « Si nous disons que nous sommes de sa compagnie et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et ne faisons pas vérité ; mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes de sa compagnie ». C’est pour cela qu’il dit (Jn 3, 7) : « Quiconque pratique la justice est juste, comme lui est juste ».

Mon analyse :
Ici l’auteur rappelle la rigueur du chemin de la foi en Christ. En effet, il n’y a pas de demi-mesure. Soit on applique toute les mesures qu’impose la Bienveillance, soit ce que l’on n’a pas appliqué nous fait perdre le bénéfice du reste. C’est très exactement le principe cathare de la pureté. On comprend cette obsession à tout purifier avant la moindre action car sinon rien n’est plus valable. On se purifie avant de consommer quoi que ce soit, avant d’aller au-devant des autres, avant les rituels et le sacrement. Suivre Christ n’est pas une sinécure.