Des persécutions – 2

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Livre des deux principes

Le Liber de duobus principiis dont nous disposons est issu d’un seul manuscrit, datant de la fin du 13e siècle, trouvé dans le fonds des Conventi soppressi de la Bibliothèque nationale de Florence. Publié en 1939 par le Père Dondaine, il est considéré comme le seul traité théologico-philosophique cathare connu. Il s’agit de l’assemblage de différentes pièces issues d’un ouvrage dont Rainer Sacconi, polémiste catholique, dit qu’il comportait à l’origine « un gros volume de dix quaternions ». Il ne s’agit donc que d’une partie d’un résumé de l’ouvrage original.
Le présent document est une traduction de René Nelli publié dans le recueil « Écritures cathares » publié par les éditions du Rocher dans une édition actualisée et augmentée par Anne Brenon en 1995. Pour respecter le droit des auteurs je ne vous livrerai ni la préface, ni les notices que vous trouverez dans le livre. J’espère qu’en ne publiant que la traduction je ne causerai aucun tort à personne et je permettrai à tous d’accéder à cet ouvrage essentiel à la compréhension de la doctrine cathare.

Des persécutions – 2

Passion et persécution de Jésus-Christ.

Sur les tribulations, les persécutions, la passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ, qui suivirent celles endurées par les prophètes, comme nous venons de le montrer, on trouve dans les Saintes Écritures d’édifiants témoignages. On lit, en effet, dans l’évangile de saint Matthieu qu’alors que le Christ n’était encore qu’un tout petit enfant, un ange dit à Joseph : « Levez-vous, prenez l’enfant… mort d’Hérode » (Matth., II, 13-15, de Surge à Herodis obitum). Dans l’évangile de saint Luc il est écrit de Jésus-Christ : « Le père et la mère… soient découvertes » (Luc, II, 33-35, de Et era Joseph à cogitationes). Il est écrit encore dans l’évangile de saint Matthieu : « Or comme Jésus… le troisième jour » (Matth., XX, 17-19, de Et ascendens à resurget). Et plus loin, dans un autre passage : « Vous savez que la Pâque… crucifié » (Matth., XXVI, 2, de Scitis quod à crucifigatur). Le Christ dit dans l’évangile de saint Jean : « En vérité… du temple » (Jean, VIII, 58-59, de amen à templo). On lit plus loin : « Les princes des prêtres… le faire mourir » (Jean, XI, 47-53, de collegerunt à interficerent eum). On lit encore : « Le monde ne saurait vous haïr… sont mauvaises » (Jean, VII, 7, de non potest à mala sunt). Et à un autre endroit : « Ce que je vous commande… Celui qui m’a envoyé » (Jean, XV, 17-21, de Haec mando à qui misit). Saint Jean dit dans l’Apocalypse : « Et le dragon s’arrêta… délivrée » (Apoc., XII, 4, de Et draco à devoraret). Et saint Jacques : « Vous avez vécu… résistance » (Jac., V, 5-6, de Epulati à résistif vobis). Et saint Pierre dans les Actes des apôtres : « Ô Israélites… qu’il y fût retenu » (Act., II, 22-24, de Viri Israélite à ab eo). Il est encore dit dans les mêmes Actes : « Que toute la maison d’Israël… crucifié » (Act., II, 36, de certissime à crucifixistis). Et ailleurs (par la bouche de saint Pierre) : « Israélites, pourquoi… depuis le commencement du monde » (Act., III, 12-21, de Viri Israélite à prophetarum). Et il est dit encore dans les Actes : « Ce qu’ayant entendu… ont ordonné l’exécution » (Act., IV, 24-28, de Apostoli unanimiter à decreverunt fierî). Et ailleurs : « Pierre et les apôtres… pour le faire mourir » (Act., V, 29-33, de Respondens à interficere illos). Nous lisons encore ceci : « Dieu a fait entendre sa parole… la rémission de ses péchés » (Act., X, 36-43, de Verbum misit à credunt in eum). On peut lire ailleurs : « C’est vous, mes frères… le troisième jour » (Act., XIII, 26-30, de Viri fratres à tertia die). Saint Pierre dit dans sa première épître : « Puis donc que Jésus-Christ… volonté de Dieu » (Pierre, IV, 1-2, de Christo igitur à voluntate Dei). Et saint Marc, dans l’évangile : « Ayant pris avec lui… tristesse mortelle » (Marc, XIV, 33-34, de Et assumpsit à mortem). Et saint Marc, à un autre endroit : « À la sixième heure… abandonné ? » (Marc, XV, 33-34, de Facta est hora sexta jusqu’à dereliquisti). Saint Marc dit encore : « Alors Jésus ayant jeté un grand cri, rendit l’esprit » (Marc, XV, 37). Et saint Matthieu : « En même temps on crucifia avec lui deux voleurs, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche » (Matth., XXVII, 38). Et il ajoute : « Mais Jésus, jetant encore un grand cri, rendit l’esprit » (Matth., XXVII, 50). Saint Luc rapporte encore ceci : « Alors Jésus jetant un grand cri… il expira » (Luc, XIII, 46, de Et exclamons à expiravit).

Mon analyse :
Jean de Lugio utilise toutes les ressources possibles pour montrer que Christ a subi de nombreuses agressions qui ont abouti à la mort sur la croix.

De la tribulation des saints.

De la tribulation des saints et de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, nous avons donné d’assez clairs témoignages et nous avons suffisamment montré combien elles étaient manifestes. Il convient maintenant d’évoquer les tribulations, les persécutions et la mort des apôtres et de leurs successeurs, telles qu’ils les éprouvèrent après la mort de Jésus-Christ ; et de dire aussi comment ils surent les supporter, à leur époque, sans cesser de faire le bien et de pardonner (à leurs ennemis), comme on voit que font aujourd’hui les vrais chrétiens, ceux-là mêmes qu’on appelle « hérétiques », comme on les appelait déjà du temps de saint Paul. Car saint Paul le dit dans les Actes des apôtres : « Il est vrai, et je le reconnais devant vous, que suivant cette doctrine qu’ils traitent de secte pernicieuse (d’“hérésie”)[1] je sers le Dieu, mon Père » (Act., XXIV, 14). Il dit encore : « Car ce que nous savons de cette “secte”, c’est qu’on la combat partout » (Act., XXVIII, 22). C’est pourquoi notre Seigneur Jésus-Christ, annonçant à ses disciples les persécutions à venir, dit dans l’évangile de saint Matthieu : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution… avant nous » (Matth., V, 10-12, de Beati à patiuntur). Et il dit encore : « Je vous envoie… ses domestiques » (Matth., X, 16-25, de Ecce ego à domesticos ejus). Le Christ dit ailleurs, dans l’Évangile : « En vérité… ne vous ravira votre joie » (Jean, XVI, 20-22, de Amen à follet a vobis), Et, dans l’évangile de saint Matthieu : « Prenez garde… qui persévérera jusqu’à la fin » (Matth., XXIV, 4-13, de Videte ne jusqu’à salvus erit), On lit dans l’Apocalypse : « Le Diable va mettre… la couronne de vie » (Apoc., II, 10, de Ecce missurus à coronam vitae). Dans l’évangile de saint Jean, le Christ dit à ses disciples : « Ce que je vous commande… Celui qui m’a envoyé » (Jean, XV, 17-21, de Haec manda à qui misit me).

Mon analyse :
Maintenant, il nous montre comment ceux qui ont suivi Christ furent eux aussi persécutés. Notez la remarque de Paul qui démontre que celui qui est accusé d’hérésie est dans la voie de Dieu !

Comment les saints ont souffert.

Il est prouvé avec suffisamment de clarté, dans les Saintes Écritures — comme nous venons de le faire voir — que notre Seigneur Jésus-Christ a annoncé et dit lui-même à ses disciples qu’ils auraient à subir, dans les temps à venir, des tribulations, des persécutions et la mort même, à cause de son nom. Nous allons montrer maintenant comment ceux-ci ont supporté, à leur époque, ces maux si nombreux, ces persécutions, et jusqu’à la mort, à cause du nom de notre Seigneur Jésus-Christ, comme il le leur avait prédit lui-même dans les Saintes Écritures. Il déclare, en effet, dans l’évangile de Jean : « Mais maintenant je retourne à vous… comme je ne suis point moi-même du monde » (Jean, XVII, 13-16, de Nunc autem à de mundo). Et saint Jean s’exprime ainsi dans la première épître : « Ne vous étonnez pas… demeure dans la mort » (I Jean, III, 13-14, de Nolite mirari à diligimus fratres). Et saint Pierre, dans la première épître : « Mes bien-aimés, lorsque Dieu… dans les bonnes œuvres » (I Petr., IV, 12-19, de Carissimi à in benefactis), Dans les Actes des apôtres, Paul dit de lui-même : « Pour moi, j’avais cru… dans les villes étrangères » (Act, XXVI, 9-11, de Ego quidem à civitates). Saint Pierre nous dit dans la première épître : « Car ce qui est agréable à Dieu… l’évêque de vos âmes » (I Petr., II, 19-25, de Haec est enim gratia à animarum vestrarum). Il est encore écrit dans les Actes des apôtres : « Au même temps… et de la Samarie » (Act., VIII, 1, de Facta est à praeter apostolos). Paul dit aux Romains : « Qui donc nous séparera… notre Seigneur » (Rom., VIII, 35-39, de Quis ergo à domino nostro), On lit dans la première épître de saint Pierre : « … après avoir été pour un peu de temps… à découvert » (I Petr., I, 6-7, de Modicum nunc à Jhesu Christï). Et Paul dit dans les Actes des apôtres : « Mes frères… sur le visage » (Act., XXIII, 1-2, de Viri fratres à os ejus). Il dit encore dans la première épître aux Corinthiens : « Jusqu’à cette heure nous souffrons… mes très chers enfants » (I Cor., III, 13-14, de usque in hanc horam à carissimos moneo). II est écrit dans la première épître de saint Pierre : « Et qui vous nuira… point troublés » (I Petr., III, 13-14, de Et quis est à conturbemini). Paul, parlant de lui-même, dit aux Corinthiens, dans la première épître : « Car je suis le moindre… l’Église de Dieu » (I Cor., XV, 9, de Ego enim à ecclesiam dei). Et, dans la seconde aux Corinthiens : « Nous sommes pressés de toutes parts… dans notre chair mortelle » (II Cor., IV, 8-11, de in omnibus à mortali). Le même apôtre dit aux Éphésiens : « Au reste, mes frères… avec une persévérance continuelle » (Éph., VI, 10-18, de De cetero fratres à vigilantes). Il dit encore aux Corinthiens dans la seconde : « Béni soit le Dieu… que vous faites pour nous » (II Cor., I, 3-11, de Benedictus apro nobis). Paul dit aussi aux Galates : « En effet, vous avez sans doute été… traditions de mes pères » (Gal., I, 13-14, de Audistis à traditionum). Et de nouveau, il dit aux Corinthiens, dans la seconde épître : « Mais pour tout autre avantage… sans que je brûle » (II Cor., XI, 21-29, de in quo quis à non uror). Il dit encore, dans la seconde épître aux Thessaloniciens : « De sorte que nous-mêmes… les ministres de sa puissance » (II Thés., I, 4-7, de ita ut à de coelo). Il dit aussi, à son propre sujet, dans la première épître à Timothée : « Je rends grâces… n’ayant pas la foi » (I Tim., I, 12-13, de Grattas ago à incredulitaté). Et le même apôtre écrit aux Thessaloniciens, dans la première : « Car, mes frères… jusqu’à la fin » (I Thés., II, 14-16, de vos autem à in finem). Il leur dit encore : « Et nous vous envoyâmes… ne devînt inutile » (I Thés., III, 2-5, de misimus à labor vester). Paul écrit dans la première épître aux Corinthiens : « Si nous n’avions d’espérance… de tous les hommes » (I Cor., XV, 19, de si in hac vita à hominibus). Et il dit aux Philippiens : « Ne vous laissez intimider.., encore maintenant » (PhiL, I, 28-30, de et in nullo à de me). Voici, en conclusion, les paroles que Paul adresse à Timothée dans la seconde épître : « Quant à vous, vous savez quelle est ma doctrine ; quelle est ma manière de vie ; quelle fin je me propose ; quelle est ma foi, ma tolérance, ma charité et ma patience ; les persécutions et les afflictions que j’ai eu à souffrir, et ce qui m’est arrivé à Antioche, à Icône, et à Lystre ; vous savez, dis-je, quelles persécutions j’ai soutenues, et comment le Seigneur m’a tiré de tous ces maux.
Aussi tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ seront persécutés » (II Tim., III, 10-12).
Ce livre est fini : rendons-en grâces au Christ !

Mon analyse :
L’auteur, en point final de son travail, nous confirme qu’en ce monde ce qui nous attend ce sont les tribulations, comme ce fut le cas de nos prédécesseurs. Soyons fort dans notre foi pour les supporter.

[1] Quod secundum sectam quam dicunt haeresim.