Quelques antithèses de Marcion

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Quelques antithèses de Marcion de Sinope

D’après le livre d’Adolf Von Harnack : L’évangile du dieu étranger (édition du Cerf) Pages 113 à 115

I. Le Démiurge était connu d’Adam et des générations suivantes, mais le Père du Christ est inconnu, comme le Christ lui-même l’a dit par ces mots : « personne n’a connu le Père en dehors du Fils ».

II. Le Démiurge ne savait même pas où se trouvait Adam et c’est pourquoi il cria : Où es-tu ? Mais le Christ connaissait même les pensées des hommes.

III. Josué a conquis la terre avec violence et cruauté ; mais le Christ interdit toute violence et prêche la miséricorde et la paix.

IV. Le Dieu créateur ne rendit pas la vue à Isaac aveugle ; mais notre Seigneur, parce qu’il est bon, ouvrit les yeux à beaucoup d’aveugles.

V. Moïse s’immisça, sans y être invité, dans une querelle entre frères et interpella celui qui agissait mal : Pourquoi frappes-tu ton prochain ? et fut rabroué par lui : Qui t’a placé comme juge ou maître sur nous ? Mais le Christ, alors que quelqu’un lui demandait de jouer le rôle de médiateur dans une question d’héritage entre lui et son frère, refusa son concours même dans une affaire juste – parce qu’il est le Christ du Dieu bon et non du dieu juge – et dit : qui m’a placé comme juge sur vous ?

VI. Le Dieu créateur, lors de la sortie d’Egypte, donna à Moïse cette mission : soyez prêts, les reins ceints, les sandales aux pieds, le bâton à la main, le sac sur l’épaule et emportez or et argent et tout ce qui appartient aux Egyptiens ; mais notre Seigneur, le bon, dit à ses disciples en les envoyant dans le monde : n’ayez aucune sandale aux pieds, aucun sac, pas de deuxième tunique, pas de monnaie dans vos ceintures !

VII. Le prophète du Dieu créateur, alors que le peuple était engagé dans la bataille ; monta au sommet de la montagne et étendit les mains vers Dieu pour qu’il tue le plus grand nombre dans la bataille ; mais notre Seigneur, le bon, étendit ses mains (sur la croix) non pas pour tuer des hommes, mais pour les sauver.

VIII. Il est dit dans la loi : œil pour œil, dent pour dent ; mais le Seigneur, le bon, dit dans l’Evangile : si quelqu’un te frappe sur une joue, tends-lui l’autre.

IX. Il est dit dans la loi : vêtement pour vêtement ; mais le Seigneur bon dit : si quelqu’un te prend ton vêtement, laisse lui le manteau.

X. Le prophète du Dieu créateur, pour tuer le plus grand nombre dans la batailles, arrête la course du soleil, afin qu’il ne se couche pas avant que les ennemis du peuple soient tous anéantis ; mais notre Seigneur, le bon, dit : le soleil ne doit pas se coucher sur votre colère.

XI. Les aveugles se sont opposés à David lors de sa reconquête de Sion en lui tenant tête lors de son entrée dans la ville et David les a fait tuer ; mais le Christ, de son propre mouvement, est venu en aide aux aveugles.

XII. Le Créateur du monde envoie la peine du feu à la demande d’Elie ; mais le Christ interdit aux disciples de demander le feu du ciel.

XIII. Le prophète du Dieu créateur commande aux ours de sortir des fourrés et de dévorer les enfants qu’il rencontre ; mais le Seigneur bon dit : laissez les enfants venir à moi et ne les repoussez pas, le Royaume de Dieu est à leur semblables.

XIV. Elisée, le prophète du Dieu créateur, parmi tant de lépreux israélites, n’a purifié qu’un seul lépreux, le Syrien Naaman, le Christ, bien qu’il soit « l’étranger » ,a guéri un Israélite que son Seigneur(le Créateur du monde) n’avait pas voulu guérir, et Elysée avait besoin de matière pour la guérison, à savoir de l’eau, et sept fois de suite, mais le Christ a guéri par une simple et unique parole, etc. Elysée n’a guéri qu’un seul lépreux, le Christ en a guéri dix et et ceci contre les stipulations de la loi ; il les laissa simplement aller leur chemin pour qu’ils se montrent aux prêtres et il les purifia déjà en chemin sans les toucher et sans une parole, par une force silencieuse, simplement par sa volonté.

XV. Le prophète créateur du monde dit : mes arcs sont tendus et mes flèches pointées contre vous ; mais l’apôtre dit : revêtez l’armure de Dieu afin de pouvoir échapper aux flèches enflammées du mauvais.

XVI. Le Créateur du monde dit : avec vos oreilles vous n’entendez pas le Christ en revanche : qui a des oreilles pour entendre entendent.

XVII. Le Créateur du monde dit : maudit soit celui qui est pendu sur le bois ; mais le Christ a subi la mort de la croix.

XVIII. Le Christ des juifs est destiné exclusivement par le Créateur du monde à rassembler le peuple des juifs dispersés ; mais notre Christ est chargé par Dieu bon de la libération de l’ensemble du genre humain.

XIX. Le Bon est bon envers tous ; mais le Créateur du monde ne promet le salut qu’à ceux qui lui obéissent… Le Bon sauve ceux qui croient en lui, mais ne juge pas ceux qui ne lui obéissent pas ; Le Créateur du monde sauve ses fidèles et juge et condamne les pécheurs.

XX. La maledictio caractérise la loi, la benedictio la foi (l’Evangile)

XXI. Le Créateur du monde ordonne de donner aux frères, mais le Christ à tous ceux qui le demandent.

XXII. Dans la Loi, le Créateur du monde a dit : je fais le riche et le pauvre ; mais le Christ ne déclare bienheureux que les pauvres.

XXIII. Dans la Loi du Juste, le bonheur est donné aux riches et le malheur aux pauvres ; dans l’Evangile c’est le contraire.

XXIV. Dans la Loi, Dieu(le Créateur du monde) dit tu dois aimer celui qui t’aime et haïr ton ennemi ; mais notre Seigneur, le bon, dit : aimez vos ennemis et intercédez pour ceux qui vous persécutent.

XXV. Le Créateur du monde a ordonné le sabbat, mais le Christ le supprime.

XXVI. Le Créateur du monde rejette les publicains en tant qu’hommes non juifs et profanes ; le Christ accueille les publicains.

XXVII. La loi interdit de toucher une femme souffrant d’un flux de sang ; le Christ non seulement la touche, mais la guérit.

XXVIII. Moïse autorise le divorce ; le Christ l’interdit.

XXIX. Le Christ de l’Ancien Testament promet aux juifs le rétablissement de l’état antérieur grâce à la restitution de leur terre et, dans les enfers après la mort, un refuge dans le sein d’Abraham ; notre Christ érigera le Royaume de Dieu, un bien éternel et céleste.

XXX. Chez le Créateur du monde, le lieu de la punition et du refuge, tous deux, sont situés dans les enfers pour ceux qui relèvent de la foi et des prophètes ; mais le Christ et le Dieu dont il relève ont un havre et un lieu de repos céleste que le Créateur du monde n’a jamais annoncé.

Texte reconstitué par Michel Tardieu entre les dits de Tertullien et d’Éphrem écrivain Syrien.
Tiré du livre Marcion l’évangile du Dieu étranger Adolf Von Harnack p-450 (ed. Cerf)

XXXI Alors que sur la montagne du Sinaï le Créateur place Moïse dans le creux du rocher et se retourne sans pudeur pour que Moïse ne voie pas sa gloire, sur la montagne de la Transfiguration le Dieu Bon permet que Moïse et Elie soient dans la gloire de Jésus et voient celui-ci par devant, face à face. Or cette gloire surpassait celle du paradis, la gloire du Créateur. Voilà pourquoi les gardiens de la montagne l’aimèrent [comprenons : préférèrent la gloire de Jésus à celle du Créateur] et conclurent avec lui un marché.