Sur la nature et sur l’étant

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Sur la nature et sur l’étant
Parménide

Introduction

Malheureusement nous disposons de presque rien de cet auteur qui semble avoir fortement impressionné son temps, ou plutôt le siècle qui suivit sa mort.
Heureusement nous avons retrouvé 150 vers d’un poème qu’il écrivit et sa lecture renforce notre déception de n’avoir rien de plus de sa main tant ce court document est riche d’éléments qui vont se révéler essentiels dans la philosophie grecque.

Il est né en Italie du Sud, à Elée. Il est rattaché à l’école philosophique des Éléates dont son fils adoptif et disciple, Zénon d’Élée, est considéré comme le chef de file. Il aurait eu une influence importante sur Platon, même si ce dernier ne partage pas son analyse concernant l’inexistence du non-être (cf Parménide de Platon). Il aurait été l’élève de Xenophane ou d’Anaxagore.

Version grecque issue du site : http://remacle.org
Traduction et analyse issues du site : http://dutempspoursoi.free.fr/

À l’attention des spécialistes du grec ancien, je tiens à signaler de possibles décalages entre l’original et la traduction. En outre les paragraphes ne sont pas dans l’ordre numérique des fragments retrouvés mais suivent les indications des chercheurs allemands sur le sujet.

Je conseille également la lecture des pages qui lui sont consacrées dans Les présocratiques de l’édition Gallimard La Pléiade.

Chapitre premier

Les cavales qui m’emportent au gré de mes désirs,
se sont élancées sur la route fameuse de la Divinité,
qui conduit partout l’homme instruit ;
c’est la route que je suis, c’est là que les cavales exercées
[5] entraînent le char qui me porte. Guides de mon voyage,
les vierges, filles du Soleil, ont laissé les demeures de la nuit
et, dans la lumière, écartent les voiles qui couvraient leurs fronts.
Dans les moyeux, l’essieu chauffe et jette son cri strident
sous le double effort des roues qui tournoient
[10] de chaque côté, cédant à l’élan de la course impétueuse.
Voici la porte des chemins du jour et de la nuit,
avec son linteau, son seuil de pierre,
et fermés sur I’éther ses larges battants,
dont la Justice vengeresse tient les clefs pour ouvrir et fermer.
[15] Les nymphes la supplient avec de douces paroles
et savent obtenir que la barre ferrée
soit enlevée sans retard; alors des battants
elles déploient la vaste ouverture
et font tourner en arrière les gonds garnis d’airain
[20] ajustés à clous et à agrafes; enfin par la porte
elles font entrer tout droit les cavales et le char.
La Déesse me reçoit avec bienveillance prend de sa main
ma main droite et m’adresse ces paroles:
« Enfant, qu’accompagnent d’immortelles conductrices,
[25] que tes cavales ont amené dans ma demeure, ­
sois le bienvenu; ce n’est pas une mauvaise destinée qui t’a conduit
sur cette route éloignée du sentier des hommes;
c’est la loi et la justice. Il faut que tu apprennes toutes choses,
et le cœur fidèle de la vérité qui s’impose,
[30] et les opinions humaines qui sont en dehors de la vraie certitude.
Quelles qu’elles soient, tu dois les connaître également, et tout ce dont on juge.
il faut que tu puisses en juger, passant toutes choses en revue.

Chapitre cinq

II m’est indifférent de commencer
d’un coté ou de l’autre ; car en tout cas, je reviendrai sur mes pas

Chapitre deux

Allons, je vais te dire et tu vas entendre
quelles sont les seules voies de recherche ouvertes à l’intelligence ;
l’une, que l’être est. que le non-être n’est pas,
chemin de la certitude, qui accompagne la vérité ;
l’autre, que l’être n’est pas : et que le non-être est forcément,
[5] route où je te le dis, tu ne dois aucunement te laisser séduire.
Tu ne peux avoir connaissance de ce qui n’est pas, tu ne peux le saisir ni l’exprimer ;

Chapitre trois

car le pensé et l’être sont une même chose

Chapitre six

II faut penser et dire que ce qui est est ; car il y a être :
il n’y a pas de non-être; voilà ce que je t’ordonne de proclamer.
Je te détourne de cette voie de recherche.
les mortels qui ne savent rien
[5] s’égarent incertains; l’impuissance de leur pensée
y conduit leur esprit errant: ils vont
sourds et aveugles, stupides et sans jugement;
ils croient qu’être et ne pas être est la même chose
et n’est pas la même chose; et toujours leur chemin les ramène au même point

Chapitre sept

Jamais tu ne feras que ce qui n’est pas soit ;
détourne donc ta pensée de cette voie de recherche ;
que l’habitude n’entraîne pas sur ce chemin battu
ton œil sans but, ton oreille assourdie,
[5] ta langue ; juge par la raison de l’irréfutable condamnation
que je prononce.

Chapitre huit

II n’est plus qu’une voie pour le discours,
c’est que l’être soit; par là sont des preuves
nombreuses qu’il est inengendré et impérissable,
universel, unique, immobile et sans fin.
[5] Il n’a pas été et ne sera pas; il est maintenant tout entier,
un, continu. Car quelle origine lui chercheras-tu ?
D’où et dans quel sens aurait-il grandi? De ce qui n’est pas? Je ne te permets
ni de dire ni de le penser; car c’est inexprimable et inintelligible
que ce qui est ne soit pas. Quelle nécessité l’eût obligé
[10] plus tôt ou plus tard à naître en commençant de rien?
Il faut qu’il soit tout à fait ou ne soit pas.
Et la force de la raison ne te laissera pas non plus, de ce qui est,
faire naître quelque autre chose. Ainsi ni la genèse
ni la destruction ne lui sont permises par la Justice; elle ne relâchera
pas les liens
[15] où elle le tient. [ Là-dessus le jugement réside en ceci ] :
Il est ou n’est pas; mais il a été décidé qu’il fallait
abandonner l’une des routes, incompréhensible et sans nom, comme sans vérité,
prendre l’autre, que l’être est véritablement.
Mais comment ce qui est pourrait-il être plus tard? Comment aurait-il pu devenir ?
[20] S’il est devenu, il n’est pas, pas plus que s’il doit être un jour.
Ainsi disparaissent la genèse et la mort inexplicables.
II n’est pas non plus divisé, car Il est partout semblable;
nulle part rien ne fait obstacle à sa continuité, soit plus,
soit moins; tout est plein de l’être,
[25] tout est donc continu, et ce qui est touché à ce qui est.
Mais il est immobile dans les bornes de liens inéluctables,
sans commencement, sans fin, puisque la genèse et la destruction
ont été, bannies au loin. Chassées par la certitude de la vérité.
il est le même, restant en même état et subsistant par lui-même ;
[30] tel il reste invariablement; la puissante nécessité le retient et l’enserre dans les bornes de ses liens.
II faut donc que ce qui est ne soit pas illimité ; car rien ne lui manque et alors tout lui manquerait.
C’est une même chose, le penser et ce dont est la pensée ;
Ce qui n’est pas devant tes yeux, contemple-le pourtant comme sûrement présent à ton esprit.
Ce qui est ne peut être séparé de ce qui est ; il ne se dispersera pas en tous lieux dans le monde, il ne se réunira pas…]

[35] car, en dehors de l’être, en quoi il est énoncé,
tu ne trouveras pas le penser; rien n’est ni ne sera
d’autre outre ce qui est; la destinée l’a enchaîné
pour être universel et immobile; son nom est Tout,
tout ce que les mortels croient être en vérité et qu’ils font

[40]naître et périr, être et ne pas être,
changer de lieu. muer de couleur.
Mais, puisqu’il est parfait sous une limite extrême!
il ressemble à la masse d’une sphère arrondie de tous côtés,
également distante de son centre en tous points. Ni plus
[45] ni moins ne peut être ici ou là;
car il n’y a point de non-être qui empêche l’être d’arriver
à l’égalité; il n’y a point non plus d’être qui lui donne,
plus ou moins d’être ici ou là, puisqu’il est tout, sans exception.
Ainsi, égal de tous côtés, il est néanmoins dans des limites.
[50] J’arrête ici le discours certain, ce qui se pense
selon la vérité; apprends maintenant les opinions humaines;
écoute le décevant arrangement de mes vers.
– On a constitué pour la connaissance deux formes sous deux noms;
c’est une de trop, et c’est en cela que consiste l’erreur.
[55] On a séparé et opposé les corps, posé les limites
qui les bornent réciproquement; d’une part, le feu éthérien,
la flamme bienfaisante, subtile, légère, partout identique à elle-même,
mais différente de la seconde forme; d’autre part, celle-ci,
opposée à la première, nuit obscure, corps dense et lourd.
[60] Je vais t’en exposer tout l’arrangement selon la vraisemblance,
en sorte que rien ne t’échappe de ce que connaissent les mortels.

Chapitre quatre

Regarde par la pensée les choses qui ne sont pourtant pas là, comme étant là fermement ;
car tu ne couperas pas l’étant à part de l’étant, qui ne se tiendra donc
ni dispersé partout en toutes manières de par le monde
ni rassemblé

Chapitre neuf

Mais puisque tout a été nommé lumière ou nuit,
et que, suivant. leurs puissances, tout se rapporte à l’une ou à l’autre,
l’univers est à la fois rempli par la lumière et par la nuit obscure;
elles sont égales et rien n’est en dehors d’elles.

Chapitre douze

Les plus étroites (couronnes) sont remplies de feu sans mélange ;
les suivantes le sont de nuit; puis revient le tour de la flamme.
Au milieu de toutes est la Divinité qui gouverne toutes choses ;
elle préside en tous lieux à l’union des sexes et au douloureux enfantement.
[5] C’est elle qui pousse la femelle vers le mâle et tout aussi bien
le mâle vers la femelle.

Chapitre onze

Comment la Terre, le Soleil et la Lune,
L’éther commun le lait du ciel, l’Olympe
le plus reculé et les astres brûlants ont commencé
à se former.

Chapitre dix

Tu sauras la nature de l’éther, et dans l’éther
tous les signes et du Soleil arrondi la pure
lumière, ses effets cachés et d’où ils proviennent;
tu apprendras les œuvres vagabondes de la Lune circulaire,
[5] sa nature; tu connaîtras enfin le ciel étendu tout autour,
tu sauras d’où il s’est formé et comment la nécessité qui le mène l’a enchaîné
pour servir de borne aux astres

Chapitre quatorze

Brillant pendant la nuit, elle roule autour de la Terre sa lueur étrangère

Chapitre quinze

Regardant toujours vers la splendeur du Soleil.

Chapitre quinze a

Enracinée dans l’eau

Chapitre treize

Elle a conçu l’Amour, le premier de tous les dieux.

Chapitre dix-sept

Dans les parties droites, les garçons ; à gauche les filles

Chapitre dix-huit

Quand ensemble la femme et l’homme mélangent les semences de Vénus,
issues des veines, la puissance formatrice, à partir de sangs opposés,
si elle respecte la proportion, fabrique un corps bien bâti.
Car si les puissances se combattent dans le mélange de la semence,
alors elles ne font pas qu’un dans le mélange qu’est le corps, funestes
elles tourmentent de leur double naissance le sexe naissant.

Chapitre seize

Tel est, soit d’une façon, soit de l’autre, le mélange qui forme le corps et les membres,
telle se présente la pensée chez les hommes; c’est une même chose
que l’intelligence et que la nature du corps des hommes
en tout et pour tout; ce qui prédomine fait la pensée

Chapitre premier

Ἵπποι ταί με φέρουσιν, ὅσον τ’ ἐπὶ θυμὸς ἱκάνοι,
πέμπον, ἐπεί μ’ ἐς ὁδὸν βῆσαν πολύφημον ἄγουσαι
δαίμονος, ἣ κατὰ <…> φέρει εἰδότα φῶτα·
τῇ φερόμην· τῇ γάρ με πολύφραστοι φέρον ἵπποι
[5] ἅρμα τιταίνουσαι, κοῦραι δ’ ὁδὸν ἡγεμόνευον.
Ἄξων δ’ ἐν χνοίῃσιν <ἵει> σύριγγος ἀυτήν
αἰθόμενος. δοιοῖς γὰρ ἐπείγετο δινωτοῖσιν
κύκλοις ἀμφοτέρωθεν, ὅτε σπερχοίατο πέμπειν
Ἡλιάδες κοῦραι, προλιποῦσαι δώματα Νυκτός,
[10] εἰς φάος, ὠσάμεναι κράτων ἄπο χερσὶ καλύπτρας.
Ἔνθα πύλαι Νυκτός τε καὶ Ἤματός εἰσι κελεύθων,
καί σφας ὑπέρθυρον ἀμφὶς ἔχει καὶ λάινος οὐδός·
αὐταὶ δ’ αἰθέριαι πλῆνται μεγάλοισι θυρέτροις.
Τῶν δὲ Δίκη πολύποινος ἔχει κληῖδας ἀμοιϐούς·
[15] τὴν δὴ παρφάμεναι κοῦραι μαλακοῖσι λόγοισιν
πεῖσαν ἐπιφραδέως, ὥς σφιν βαλανωτὸν ὀχῆα
ἀπτερέως ὤσειε πυλέων ἄπο· ταὶ δὲ θυρέτρων
χάσμ’ ἀχανὲς ποίησαν ἀναπτάμεναι πολυχάλκους
ἄξονας ἐν σύριγξιν ἀμοιϐαδὸν εἰλίξασαι
[20] γόμφοις καὶ περόνῃσιν ἀρηρότε· τῇ ῥα δι’ αὐτῶν
ἰθὺς ἔχον κοῦραι κατ’ ἀμαξιτὸν ἅρμα καὶ ἵππους.
Καί με θεὰ πρόφρων ὑπεδέξατο, χεῖρα δὲ χειρί
δεξιτερὴν ἕλεν, ὧδε δ’ ἔπος φάτο καί με προσηύδα·
ὦ κοῦρ’ ἀθανάτοισι συνάορος ἡνιόχοισιν,
25] ἵπποις ταί σε φέρουσιν ἱκάνων ἡμέτερον δῶ
χαῖρ’, ἐπεὶ οὔτι σε μοῖρα κακὴ προὔπεμπε νέεσθαι
τήνδ’ ὁδόν (ἦ γὰρ ἀπ’ ἀνθρώπων ἐκτὸς πάτου ἐστίν),
ἀλλὰ θέμις τε δίκη τε. Χρεὼ δέ σε πάντα πυθέσθαι
ἠμὲν Ἀληθείης εὐκυκλέος ἀτρεμὲς ἦτορ
[30] ἠδὲ βροτῶν δόξας, ταῖς οὐκ ἔνι πίστις ἀληθής.
Ἀλλ΄ ἔμπης καὶ ταῦτα μαθήσεαι, ὡς τὰ δοκοῦντα
χρῆν δοκίμως εἶναι διὰ παντὸς πάντα περῶντα.

Chapitre cinq

Ξυνὸν δὲ μοί ἐστιν
ὁππόθεν ἄρξωμαι· τόθι γὰρ πάλιν ἵξομαι αὖθις.

Chapitre deux

Εἰ δ’ ἄγ’ ἐγὼν ἐρέω, κόμισαι δὲ σὺ μῦθον ἀκούσας,
αἵπερ ὁδοὶ μοῦναι διζήσιός εἰσι νοῆσαι·
ἡ μὲν ὅπως ἔστιν τε καὶ ὡς οὐκ ἔστι μὴ εἶναι
Πειθοῦς ἐστι κέλευθος (Ἀληθείῃ γὰρ ὀπηδεῖ),
ἡ δ’ ὡς οὐκ ἔστιν τε καὶ ὡς χρεών ἐστι μὴ εἶναι,
[5] τὴν δή τοι φράζω παναπευθέα ἔμμεν ἀταρπόν·
οὔτε γὰρ ἂν γνοίης τό γε μὴ ἐὸν (οὐ γὰρ ἀνυστόν)
οὔτε φράσαις

Chapitre trois

… Τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστίν τε καὶ εἶναι.

Chapitre six

Χρὴ τὸ λέγειν τε νοεῖν τ’ ἐὸν ἔμμεναι· ἔστι γὰρ εἶναι,
μηδὲν δ’ οὐκ ἔστιν· τά σ’ ἐγὼ φράζεσθαι ἄνωγα.
Πρώτης γάρ σ’ ἀφ’ ὁδοῦ ταύτης διζήσιος <εἴργω>,
αὐτὰρ ἔπειτ’ ἀπὸ τῆς, ἣν δὴ βροτοὶ εἰδότες οὐδὲν
[5] πλάττονται, δίκρανοι· ἀμηχανίη γὰρ ἐν αὐτῶν
στήθεσιν ἰθύνει πλακτὸν νόον· οἱ δὲ φοροῦνται
κωφοὶ ὁμῶς τυφλοί τε, τεθηπότες, ἄκριτα φῦλα.
Οἷς τὸ πέλειν τε καὶ οὐκ εἶναι ταὐτὸν νενόμισται
κοὐ ταὐτόν, πάντων δὲ παλίντροπός ἐστι κέλευθος.

Chapitre sept

Οὐ γὰρ μήποτε τοῦτο δαμῇ εἶναι μὴ ἐόντα·
ἀλλὰ σὺ τῆσδ’ ἀφ’ ὁδοῦ διζήσιος εἶργε νόημα.
Μηδέ σ’ ἔθος πολύπειρον ὁδὸν κατὰ τήνδε βιάσθω,
νωμᾶν ἄσκοπον ὄμμα καὶ ἠχήεσσαν ἀκουήν
[5] καὶ γλῶσσαν, κρῖναι δὲ λόγῳ πολύδηριν ἔλεγχον

Chapitre huit

Μοῦνος δ’ ἔτι μῦθος ὁδοῖο
λείπεται ὡς ἔστιν· ταύτῃ δ’ ἐπὶ σήματ’ ἔασι
πολλὰ μάλ’, ὡς ἀγένητον ἐὸν καὶ ἀνώλεθρόν ἐστιν,
ἐστι γὰρ οὐλομελές τε καὶ ἀτρεμὲς ἠδ’ ἀτέλεστον·
[5] οὐδέ ποτ’ ἦν οὐδ’ ἔσται, ἐπεὶ νῦν ἔστιν ὁμοῦ πᾶν,
ἕν, συνεχές· τίνα γὰρ γένναν διζήσεαι αὐτοῦ;
Πῇ πόθεν αὐξηθέν; Οὔτ΄ ἐκ μὴ ἐόντος ἐασέω
φάσθαι σ(ε) οὐδὲ νοεῖν· οὐ γὰρ φατὸν οὐδὲ νοητόν
ἔστιν ὅπως οὐκ ἔστι. Τί δ’ ἄν μιν καὶ χρέος ὦρσεν
[10] ὕστερον ἢ πρόσθεν τοῦ μηδενὸς ἀρξάμενον φῦν;
Οὕτως ἢ πάμπαν πελέναι χρεών ἐστιν ἢ οὐχί.
Οὐδὲ ποτ’ ἐκ μὴ ἐόντος ἐφήσει πίστιος ἰσχύς
γίγνεσθαί τι παρ’ αὐτό· τοῦ εἵνεκεν οὔτε γενέσθαι
οὔτ’ ὄλλυσθαι ἀνῆκε Δίκη χαλάσασα πέδῃσιν,
[15] ἀλλ’ ἔχει· ἡ δὲ κρίσις περὶ τούτων ἐν τῷδ΄ ἔστιν·
ἔστιν ἢ οὐκ ἔστιν· κέκριται δ’ οὖν, ὥσπερ ἀνάγκη,
τὴν μὲν ἐᾶν ἀνόητον ἀνώνυμον (οὐ γὰρ ἀληθής
ἔστιν ὁδός), τὴν δ’ ὥστε πέλειν καὶ ἐτήτυμον εἶναι.
Πῶς δ’ ἂν ἔπειτα πέλοιτὸ ἐόν; πῶς δ’ ἄν κε γένοιτο ;
[20] Εἰ γὰρ ἔγεντ’, οὐκ ἔστ, οὐδ’ εἴ ποτε μέλλει ἔσεσθαι.
Τὼς γένεσις μὲν ἀπέσβεσται καὶ ἄπυστος ὄλεθρος.
Οὐδὲ διαιρετόν ἐστιν, ἐπεὶ πᾶν ἐστιν ὁμοῖον·
οὐδέ τι τῇ μᾶλλον, τό κεν εἴργοι μιν συνέχεσθαι,
οὐδέ τι χειρότερον, πᾶν δ’ ἔμπλεόν ἐστιν ἐόντος.
[25] Τῷ ξυνεχὲς πᾶν ἐστιν· ἐὸν γὰρ ἐόντι πελάζει.
Αὐτὰρ ἀκίνητον μεγάλων ἐν πείρασι δεσμῶν
ἔστιν ἄναρχον ἄπαυστον, ἐπεὶ γένεσις καὶ ὄλεθρος
τῆλε μάλ’ ἐπλάχθησαν, ἀπῶσε δὲ πίστις ἀληθής.
Ταὐτόν τ’ ἐν ταὐτῷ τε μένον καθ’ ἑαυτό τε κεῖται

[30] χοὔτως ἔμπεδον αὖθι μένει· κρατερὴ γὰρ ἀνάγκη
πείρατος ἐν δεσμοῖσιν ἔχει, τό μιν ἀμφὶς ἐέργει.
Οὕνεκεν οὐκ ἀτελεύτητον τὸ ἐὸν θέμις εἶναι·
ἔστι γὰρ οὐκ ἐπιδεές, [μὴ] ἐὸν δ’ ἂν παντὸς ἐδεῖτο.
Ταὐτὸν δ’ ἐστὶ νοεῖν τε καὶ οὕνεκεν ἔστι νόημα.
[35] Οὐ γὰρ ἄνευ τοῦ ἐόντος, ἐν ᾧ πεφατισμένον ἐστιν,
εὑρήσεις τὸ νοεῖν· οὐδὲν γὰρ <ἢ> ἔστιν ἢ ἔσται
ἄλλο πάρεξ τοῦ ἐόντος, ἐπεὶ τό γε μοῖρ’ ἐπέδησεν
οὖλον ἀκίνητόν τ’ ἔμεναι· τῷ πάντ’ ὄνομ’ ἔσται,
ὅσσα βροτοὶ κατέθεντο πεποιθότες εἶναι ἀληθῆ,
[40] γίγνεσθαί τε καὶ ὄλλυσθαι, εἶναί τε καὶ οὐχί,
καὶ τόπον ἀλλάσσειν διά τε χρόα φανὸν ἀμείβειν.
Αὐτὰρ ἐπεὶ πεῖρας πύματον, τετελεσμένον ἐστί,
πάντοθεν εὐκύκλου σφαίρης ἐναλίγκιον ὄγκῳ,
μεσσόθεν ἰσοπαλὲς πάντῃ· τὸ γὰρ οὔτε τι μεῖζον
[45] οὔτε τι βαιότερον πελέναι χρεόν ἐστι τῇ ἢ τῇ.
Οὔτε γὰρ οὐκ ἐὸν ἔστι, τό κεν παύοι μιν ἱκνεῖσθαι
εἰς ὁμόν, οὔτ’ ἐὸν ἔστιν ὅπως εἴη κεν ἐόντος
τῇ μᾶλλον τῇ δ’ ἧσσον, ἐπεὶ πᾶν ἐστιν ἄσυλον·
οἷ γὰρ πάντοθεν ἶσον, ὁμῶς ἐν πείρασι κύρει.
[50] Ἐν τῷ σοι παύω πιστὸν λόγον ἠδὲ νόημα
ἀμφὶς ἀληθείης· δόξας δ’ ἀπὸ τοῦδε βροτείας
μάνθανε κόσμον ἐμῶν ἐπέων ἀπατηλὸν ἀκούων.
Μορφὰς γὰρ κατέθεντο δύο γνώμας ὀνομάζειν·
τῶν μίαν οὐ χρεών ἐστιν (ἐν ᾧ πεπλανημένοι εἰσίν).
[55] ἀντία δ’ ἐκρίναντο δέμας καὶ σήματ’ ἔθεντο
χωρὶς ἀπ’ ἀλλήλων, τῇ μὲν φλογὸς αἰθέριον πῦρ,
ἤπιον ὄν, μέγ'[ἀραιὸν] ἐλαφρόν, ἑωυτῷ πάντοσε τωὐτόν,
τῷ δ’ ἑτέρῳ μὴ τωὐτόν· ἀτὰρ κἀκεῖνο κατ’ αὐτό
τἀντία νύκτ’ ἀδαῆ, πυκινὸν δέμας ἐμϐριθές τε.
[60] Τόν σοι ἐγὼ διάκοσμον ἐοικότα πάντα φατίζω,
ὡς οὐ μή ποτέ τίς σε βροτῶν γνώμη παρελάσσῃ.

Chapitre quatre

Λεῦσσε δ’ ὅμως ἀπεόντα νόῳ παρεόντα βεϐαίως·
οὐ γὰρ ἀποτμήξει τὸ ἐὸν τοῦ ἐόντος ἔχεσθαι
οὔτε σκιδνάμενον πάντῃ πάντως κατὰ κόσμον
οὔτε συνιστάμενον.

Chapitre neuf

Αὐτὰρ ἐπειδὴ πάντα φάος καὶ νὺξ ὀνόμασται
καὶ τὰ κατὰ σφετέρας δυνάμεις ἐπὶ τοῖσί τε καὶ τοῖς,
πᾶν πλέον ἐστὶν ὁμοῦ φάεος καὶ νυκτὸς ἀφάντου
ἴσων ἀμφοτέρων, ἐπεὶ οὐδετέρῳ μέτα μηδέν.

Chapitre douze

Αἱ γὰρ στεινότεραι πλῆντο πυρὸς ἀκρήτοιο,
αἱ δ’ ἐπὶ ταῖς νυκτός, μετὰ δὲ φλογὸς ἵεται αἶσα·
ἐν δὲ μέσῳ τούτων δαίμων ἣ πάντα κυϐερνᾷ·
πάντα γὰρ <ἣ> στυγεροῖο τόκου καὶ μίξιος ἄρχει
[5] πέμπουσ’ ἄρσενι θῆλυ μιγῆν τό τ’ ἐναντίον αὖτις
ἄρσεν θηλυτέρῳ.

Chapitre onze

… Πῶς γαῖα καὶ ἥλιος ἠδὲ σελήνη
αἰθήρ τε ξυνὸς γάλα τ’ οὐράνιον καὶ ὄλυμπος
ἔσχατος ἠδ’ ἄστρων θερμὸν μένος ὡρμήθησαν
γίγνεσθαι.

Chapitre dix

Εἴσῃ δ’ αἰθερίαν τε φύσιν τά τ’ ἐν αἰθέρι πάντα
σήματα καὶ καθαρᾶς εὐαγέος ἠελίοιο
λαμπάδος ἔργ’ ἀίδηλα καὶ ὁππόθεν ἐξεγένοντο
ἔργα τε κύκλωπος πεύσῃ περίφοιτα σελήνης
[5] καὶ φύσιν, εἰδήσεις δὲ καὶ οὐρανὸν ἀμφὶς ἔχοντα
ἔνθεν ἔφυ τε καὶ ὥς μιν ἄγουσ(α) ἐπέδησεν ἀνάγκη
πείρατ’ ἔχειν ἄστρων.

Chapitre quatorze

Νυκτιφαὲς περὶ γαῖαν ἀλώμενον ἀλλότριον φῶς

Chapitre quinze

Αἰεὶ παπταίνουσα πρὸς αὐγὰς ἠελίοιο.

Chapitre quinze a

ὑδατόριζον εἶπειν τὴν γῆν

Chapitre treize

Πρώτιστον μὲν Ἔρωτα θεῶν μητίσατο πάντων.

Chapitre dix-sept

Δεξιτεροῖσιν μὲν κούρους, λαιοῖσι δὲ κούρας

Chapitre dix-huit

femina virque simul Veneris cum germina miscent
venis, informans diverso ex sanguine virtus
tempierem servans bene condita corpora fingit.
nam si virtutes permixto semine pugnent
nec faciant unam permixto in corpore, dirae
nascentem gemino vexabunt semine sexum.

Chapitre seize

Ὡς γὰρ ἕκαστος ἔχει κρᾶσιν μελέων πολυπλάγκτων,
τὼς νόος ἀνθρώποισι παρίσταται· τὸ γὰρ αὐτό
ἔστιν ὅπερ φρονέει μελέων φύσις ἀνθρώποισιν
καὶ πᾶσιν καὶ παντί· τὸ γὰρ πλέον ἐστὶ νόημα.

Commentaire

Pour Parménide la vérité ne craint rien, ne veut rien alors que l’opinion craint et veut, alors il faut apprendre la vérité mais aussi l’opinion même si elle est chargée d’erreurs. Chez Parménide, il faut tout savoir car connaître, c’est tout savoir de la vérité et des erreurs.

Parménide pose deux postulats :
– l’être est et il est impossible qu’il ne soit pas
– le non-être n’est pas et il est nécessaire qu’il ne soit pas

C’est le premier à aborder l’être sur le plan ontologique, c’est à dire l’étant (le discours sur l’être, les caractères qu’on lui attribue). L’être est opposé au non-être, l’être produit et le non-être ne produit pas ; il étudie ce qui les distingue mais ne leur reconnaît aucun lien.
L’être est intelligible, mais s’il est impossible de le connaître par les sens ; il est uniquement accessible par la connaissance intellectuelle. Les sens procurent des sensations qui doivent être considérées avec une grande méfiance. L’être est concret parce qu’il existe de lui-même. Le concret et l’abstrait (être et non-être) s’opposent :
– Le concret est tout ce qui existe indépendamment
– L’abstrait est ce qui a besoin de quelque chose d’autre pour exister

L’être n’a pas de devenir, sa nature éternelle est contraire au processus de changement. De plus, la nature même de ces caractéristiques que sont : homogénéité, total, plein, continu, un, unique, ne manquant de rien, sans discontinuité, ne permettrait qu’un changement en non-être et le non-être n’étant pas, l’être ne peut pas avoir de devenir. Il est donc indubitablement éternel. Le devenir oblige à ce que le passé périsse pour qu’un présent vive ; les qualités de l’être font qu’il n’a rien à ajouter, ni retrancher, ni modifier, donc rien ne peut périr dans l’être sinon il deviendrait non-être et ne pourrait plus être.
Pour qu’il existe un devenir, il faut qu’il y ait manifestation, il faut donc que le non-être se manifeste mais comme le non-être n’est pas , il ne peut y avoir de devenir que l’éternité de l’être ; comme le devenir de l’être est l’éternité, le raisonnement n’est pas valide. Comme l’être ne peut s’anéantir, aucun devenir ne peut advenir pour l’être.
L’être a toujours été car s’il n’avait pas été, il aurait été non-être avant d’être ; or le non-être n’engendre pas. L’être a donc toujours existé, il n’a pas été engendré, il ne peut donc pas être détruit (éternel). Puisqu’il n’est pas né, il ne se développe pas ; s’il ne se développe pas, il est immobile.
Il n’y a pas de mouvement ou de cause à la naissance de l’être, sinon quelle nécessité aurait pu le pousser à être, à passer de rien à quelque chose. S’il avait du non-être (rien) il n’aurait pas de cause non plus, donc l’être ne pourrait pas apparaître. C’est donc qu’il n’a jamais été engendré.
L’être ne peut pas être multiple puisqu’une de ses caractéristiques est d’être sans discontinuité ; la discontinuité laisse de l’espace au non-être qui n’est pas et qui ne peut créer la multiplicité. Être différent pour l’être, c’est être non-être. Or le non-être n’est pas, donc l’être n’est pas multiple. Le multiple est l’ensemble des choses qui sont différentes les unes des autres ; l’être est un, il ne peut donc pas y avoir de différence.
L’être ne manque de rien et n’a rien en plus, car cela impliquerait qu’il y a autre chose que être donc le non-être, or l’existence du non-être est impossible. Si l’être pouvait avoir quelque chose en plus, il ne serait pas parfait.
La nature de la pensée reflète la nature de l’être, penser et être sont les mêmes choses, or l’être ne manque de rien, ne veut rien, n’a besoin de rien, il ne pense donc qu’à lui-même, car l’être ne peut penser qu’à lui-même (l’être), sinon il penserait au non-être.
Seule la raison peut comprendre l’être, le monde sensoriel est voué à la multiplicité, au mouvement, donc les sens ne pourront jamais appréhender l’être. Pour les sens, tout ce qui est ceci, n’est pas cela, donc cela est néant et le néant ne peut pas être ; de plus tout ce qui n’est pas égal (l’objet lui-même) est également non-être.
Parménide affirme par deux chemins de raisonnement :
Chemin n°1 : l’être est, le non-être n’est pas
Chemin n°2 : l’être est et n’est pas, car sa nature démontre l’existence du devenir et du multiple ; ce que l’être n’est pas

L’être existe d’une manière sensible ; ce qui le compose sont « les étants ». L’être dans sa nature sensible est donc soumis au devenir et au multiple. Les Etants sont soumis à deux cas de figure :
L’étant est, il existe d’une manière sensible.
L’étant n’est pas comme l’être, c’est qu’il est non-être.

Ce n’est pas l’être qui se multiplie mais sa manifestation sensible, l’être ne varie en rien et ce, quelle que soit la nature des Etants. Le multiple, le mouvement et le devenir concernent les Etants mais pas l’être. Les Etants sont multiples, en mouvement et deviennent dans l’être. Ceci s’argumente par le fait que « être » n’a pas le même sens pour l’être que pour les Etants.
L’être est
L’Etant est ceci, cela, comme ceci, comme cela, devient ceci, devient cela. La vérification est validée par le monde sensoriel et par le devenir. L’Etant était ceci et sera cela.

En introduisant deux chemins qui peuvent sembler contraires mais qui ne sont bien qu’un ; Parménide argumente par la logique (raison) dans le chemin n°1, que l’être est et le non être n’est pas. Puis dans le chemin n°2, il comprend que l’existence sensible de l’être est égale au non-être donc que être et non-être sont identiques. Parménide critique la valeur de la connaissance sensible du chemin n°2, il semblerait qu’il soit un palliatif pour appréhender le chemin n°1. Ces deux chemins se synthétisent de la façon suivante, marquant le pas d’une antithèse entre la raison et l’expérience :
La raison est donc ce que l’on perçoit par l’intelligence. L’opposition entre l’être et le non-être: négation du devenir et du multiple.
L’expérience: ce qu’on perçoit par les sens qui permet d’affirmer l’existence du multiple et du devenir.

L’être est manifesté par ses Etants ; l’être n’a pas de devenir mais les Etants composant l’être y sont soumis. Le fond n’a pas de devenir alors que la forme y est soumise, alors quel devenir (anéantissement) pour l’être, en l’absence de non-être. Parménide considère que l’anéantissement de l’être ne peut provenir que par un excès de manifestation des Etants ; mais on ne peut pas faire expérience de l’anéantissement ; cet anéantissement n’est que théorique.
L’existence sensible de l’être, la manifestation, est formée de deux mondes :
Les choses qui apparaissent
Les choses qui n’apparaissent pas.

Ces deux mondes sont liés par une relation apparition / disparition. Ce qu’on considère comme disparition pourrait être non-apparaître temporaire. L’apparition ne peut venir que de l’être car seul l’être existe ; le non-être ne peut engendrer que la non-apparition qui n’apparaîtrait pas et comme il n’y a pas d’apparition, il ne peut y avoir de disparition. L’apparition de l’être apparaît une fois puis retourne à l’être, il est donc impossible qu’il apparaisse deux fois la même chose. Néanmoins, tout demeure dans l’être.
Tout ce qu’on sait par la sensation chez l’homme, est nommé par Parménide : le chemin de l’opinion. Elle comprend deux principes antagonistes : le feu et la nuit. La cause du mouvement, de l’apparition et de la disparition, est l’Eros car c’est l’amour qui fait se mouvoir et se multiplier.
Parménide pense que la raison nous fait voir l’un, la sensation le multiple. Il prend pourtant la peine de construire une cosmologie qui est un discours pour les Etants mais il sait que ce discours sera débattu par la sensation, donc par l’opinion. Cette dernière fait néanmoins partie de l’être du point de vue de sa nature sensible mais fait partie du non être puisqu’elle n’a pas les caractéristiques de l’être.
En conclusion, Parménide enseigne :
1. on pense l’être; on crée du temps, des discontinuités, des espaces, des apparitions et des disparitions, le changement, le devenir et dans ce cas l’être est et n’est pas car le monde de la sensation nous trompe. C’est le chemin de l’opinion.
2. on ne pense pas l’être, L’espace est continu, homogène, plein, le temps est nié et le devenir dans ce cas l’être est, le non-être n’est pas ; l’Être dans ce cas est « Un Tout », c’est la raison, c’est la vérité.