Le bogomilisme en Bulgarie – Anguélov

Le bogomilisme en Bulgarie
Dimitre Anguelov

Quatrième de couverture

Que savons-nous des Bogomiles bulgares, si ce n’est qu’ils furent les ancêtres directs des  « hérétiques » dualistes dont les doctrines agitèrent l’Occident médiéval — et plus particulièrement des Cathares ?
Le Bogomilisme prit naissance au milieu du Xe siècle, dans un climat de grande inquiétude spirituelle, mais aussi et surtout sur le fond de graves troubles sociaux et politiques à travers lesquels on voit la paysannerie bulgare tenter de secouer le double joug de la féodalité et l’Église établie. Sa révolte s’incarna dans une doctrine à la fois sociale et religieuse qui, sous le couvert d’un retour à la pureté du Christianisme primitif, battait en brêche la cosmogonie, l’eschatologie et l’éthique officielles, sur lesquelles reposait l’ordre médiéval.
Les Bogomile eurent une pensée ; ils eurent aussi une Histoire, longue de plus de quatre siècles, exaltante et douloureuse, souvent tragique : c’est l’histoire d’un peuple, de sa prise de conscience, et de sa lutte pour une vie meilleure.
Éclairer cette doctrine et retracer ce destin, tel est le propos de ce livre, synthèse effectuée par l’auteur lui-même à l’intention du public français, d’un vaste ouvrage publié en 1969 par Dimitre Anguelov, professeur à la Faculté d’Histoire de l’université de Sofia. Véritable somme des nombreuses études qu’il a consacré aux religions et à la civilisation d’Europe orientale au Moyen-Âge, « Le Bogomilisme en Bulgarie » est le premier travail d’ensemble publié dans notre pays sur la question.
Dans sa préface, Jean Duvernoy, l’un des meilleurs spécialistes du Catharisme, renouvelle de fond en comble la problématique des rapports entre l’hérésie bulgare et la religion des Cathares occitans, ceux-là même qu’on nommait alors « Bons Hommes » ou « Amis de Dieu » — traduction littérale du mot « Bogomil ».

Professeur à l’Université de Sofia, Monsieur Dimitre Anguélov est titulaire de la chaire d’histoire bulgare, directeur de l’Institut archéologique auprès de l’Académie des sciences de Bulgarie.

Informations techniques

Éditeur :  Éditions Naouka i Izkoustvo, Sofia Bulgarie (1969) – Éditions Privat, Toulouse France (1972). Traductrice : Lilyana Pétrova-Boinay. Révision scientifique de Jean Duvernoy et Michel Roquebert.

Table des matières

 

  • Introduction, par Jean Duvernoy
  • Avant-propos

Première partie : Les origines du bogomilisme

  • L’évolution du féodalisme en Bulgarie et les contradictions socio-économiques dans la société bulgare des IXe et X° siècles
  • L’idéologie  féodo-religieuse  en  Bulgarie  au Xe  siècle  et  sa contestation
  • Les croyances païennes aux IXe et Xsiècles et leur rôle dans l’apparition de l’hérésie bogomile
  • Les hérésies en Bulgarie avant l’apparition du bogomilisme
  • L’apparition du bogomilisme en Bulgarie. Le pope Bogomil et son œuvre
  • Les foyers d’hérésie bogomile
  • L’origine sociale des bogomiles

Deuxième partie : Le bogomilisme : La doctrine
I — La  pensée   religieuse

  • Cosmogonie et eschatologie
  • Reflets de la cosmogonie et de l’eschatologie bogomiles dans le   folklore   bulgare
  • Le bogomilisme et les écrits de l’Ancien et du Nouveau Testaments
  • Les bogomiles et leur attitude à l’égard des conciles et des ecclésiastiques
  • Le refus des  églises
  • Le refus du baptême, de l’eucharistie et de la confession.
  • Le refus du culte de la croix, des icônes et des reliques
  • Le refus de la résurrection des morts, des miracles et des fêtes.

II — La vie sociale et l’éthique   

  • Les vues bogomiles sur le pouvoir et l’Etat
  • Sermons contre les riches et les richesses
  • La prohibition de la viande et du vin
  • Les bogomiles contre les vêtements somptueux
  • Préceptes moraux
  • La conception bogomile du mariage
  • Les vues bogomiles sur la femme
  • Le point de vue bogomile sur le travail

III — L’organisation du système bogomile   

  • Les « parfaits » et les simples adeptes
  • Les communautés religieuses

Troisième partie : Histoire du bogomilisme

  • Le bogomilisme en Bulgarie de 969 à 1018
  • Le bogomilisme dans les terres bulgares sous le joug byzantin (1018-1185)
  • Le bogomilisme à Byzance durant le XIIe siècle. Le procès de Basile
  • La  propagation   du  bogomilisme   parmi   les   prêtres   et   les moines
  • L’influence du bogomilisme en Serbie, Bosnie, Italie, France et  Russie
  • Le bogomilisme dans le second Etat bulgare
  • Le catharisme occidental dans la première moitié du XIIIe siècle, et ses liens avec le bogomilisme
  • Le bogomilisme en Bulgarie pendant la seconde moitié du XIIIe siècle. L’insurrection d’Ivaïlo
  • Le bogomilisme au XIVe siècle. Son déclin

Commentaire

Deux ouvrages consacrés aux Bogomiles sont parus il y a peu de temps en France : celui de Vladimir Topentcharov (Boulgres et Cathares. Deux brasiers, une même flamme, Paris, Seghers, 1971) et celui qui fait l’objet de cette note. Si le premier intéresse par la façon vivante et littéraire de l’exposé, fondé sur une excellente connaissance du sujet, le deuxième est un ouvrage scientifique classique. Son auteur, professeur à l’Université de Sofia, est connu pour ses études sur le Moyen Age balkanique : l’histoire de Byzance, l’histoire de la Bulgarie, ou l’histoire des Bogomiles sont tout autant de facettes d’un même grand sujet.
L’ouvrage impressionne par la densité du texte ; en peu de pages sont inscrites un nombre important d’idées. Comme de nos jours, lorsque les peuples partageant une même idéologie manifestent leurs différends économiques et politiques à travers les schismes idéologiques, le bogomilisme, hérésie religieuse, couvrait en fait des aspirations ayant un caractère social évident. Anguélov souligne ce double caractère dès le début : « Le bogomilisme est l’une des plus importantes doctrines sociales et religieuses de la Bulgarie médiévale » (p. 17) ; il se développe pendant près de cinq siècles, entre le Xe et le XVIe siècle.
Le livre comprend trois parties. La première est consacrée aux origines du bogomilisme ; la religion officielle, les croyances païennes et les autres hérésies du temps sont mises en parallèle. Les Bogomiles eux-mêmes sont analysés au point de vue de leur implantation, de leur composition sociale, de leurs propagandistes. La deuxième partie expose la pensée religieuse, mais aussi la manière dont elle agit sur la vie sociale (alimentation, vêtements, mariage, situation des femmes, travail). La troisième partie est consacrée à l’histoire du bogomilisme ; le cadre de cette histoire dépasse largement la Bulgarie et l’auteur la suit presque partout : en Serbie, en Bosnie, en Italie, en France, en Russie.
Un aspect peu connu est celui des reflets de la cosmogonie et de l’eschatologie bogomiles dans le folklore bulgare ; l’auteur se limite au folklore bulgare de l’époque car le bogomilisme était alors vivant dans une grande partie de la Bulgarie (il a continué de vivre jusqu’à nos jours parmi quelques groupes restreints). On pourrait ajouter qu’il survit aussi dans le folklore actuel de la Bulgarie ; plus encore, on en retrouve des traces dans le folklore de populations balkaniques, qui officiellement n’ont pas eu d’église bogomile. Il est probable que l’influence ne s’est exercée que dans les contes et les traditions populaires. Mais pour en être certains, encore faut-il procéder au déchiffrement systématique de l’immense folklore balkanique.
P. H. Stahl, Études rurales, n°57, 1975. pp. 143-144.